Qui donc découvre seulement aujourd’hui l’UIMM ?

dimanche 2 mars 2008
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Première partie, de 1901 à mai 1968


Hasard des règlements de comptes au sein même du patronat, ou plutôt hasard de la décision d’un homme enfin devenu président de la République, qui a décidé de ne plus "couvrir" un dossier connu de lui depuis plusieurs années, les pratiques de l’UIMM sont petit à petit dévoilées au grand jour.

Les pratiques particulières de cette organisation patronale, la plus puissante de l’ex-CNPF devenu MEDEF, sont pourtant depuis fort longtemps bien connues.

Créée en 1901 par les membres les plus influents du comité des Forges, syndicat patronal de l’industrie, l’UIMM est définie comme un groupe de pression, destiné à peser dans le débat public.

Lobbying parlementaire, influences directe et indirecte de la presse, "sans avoir l’air de défendre des intérêts mais seulement des idées et des principes", prise de participation ou création de ses propres médias sont les pratiques de cette organisation depuis nombre d’années.
Il faut souligner la qualité et l’habileté des productions de l’UIMM :
" Le lecteur doit être incité à tirer des conclusions dans un sens systématiquement favorable aux thèses soutenues. Seuls les spécialistes d’une question peuvent être en mesure de déceler les points sur lesquels s’effectue le passage de l’information à la propagande"

Dès sa création, l’UIMM met en place une caisse noire, destinée à "apporter à l’industriel victime d’une grève une réparation matérielle et un appui moral".
Un "principe de précaution patronal" sans limite va se mettre en place peu après la première guerre mondiale ; l’argent recueilli va aussi servir à favoriser un "climat favorable" au parlement, pour "convaincre" les députés élus ou en aider de plus compréhensifs à se faire élire

L’argent coule à flots entre les deux guerres, tellement qu’une commission d’enquête parlementaire est nommée en 1925 sur "les fonds électoraux" ; on s’aperçoit alors que les comptes bancaires de l’UIMM à la banque Mirabaud ont "alimentés" nombre de députés et sénateurs, certains de premier plan.
L’UIMM pratique alors la distribution massive, dans un but d’efficacité, afin de barrer absolument la route aux communistes.

En 1936, c’est l’UIMM qui décide de "lâcher", de lâcher suffisamment pour sauver l’essentiel, de montrer du changement pour que tout puisse rester identique ; Léon Blum déclare en 1942 : " Tout le monde l’ignore, parce que je ne l’ai jamais dit. Mais je me prive volontiers, pour le service de la vérité, de cette petite fierté personnelle, de cette petite gloriole. Je dois à la vérité de dire que l’initiative est venue du grand patronat." ... de l’UIMM en particulier pour être plus précis !

Le régime de Vichy prononce la dissolution officielle de tous les syndicats, salariés et patronaux le 9 novembre 1940, il saisi l’ensemble de leurs biens ; tous sauf .... l’UIMM, le régime croie probablement ne pas pouvoir se passer de la puissance de l’organisation, de son expertise et de ses réseaux.

L’UIMM traverse la période de la guerre sans bouleversement ; peu compromis avec Vichy, ses dirigeants plaident une accommodation avec Vichy " dans la documentation et le conseil aux entreprises sur les règlementations en vigueur, dans l’aide au personnel".
On retiendra la célèbre apostrophe de De Gaule à une délégation de patrons : "Je n’ai vu aucun de vous, messieurs, à Londres .... Ma foi, vous n’êtes pas en prison !".
L’UIMM tentera de répliquer, invoquant le "rôle souvent glorieux ... des éléments patronaux pendant la guerre", promettant un livre d’or ... qui ne sera jamais publié.
On peut noter qu’aujourd’hui encore, des responsabilités dans un comité d’organisation de Vichy constituent encore un titre de gloire dans les notices du Who’s Who ou les biographies des membres des grandes écoles.

L’organe central apparent du patronat, auparavant CGPF, devient CNPF le 21 décembre 1945 ; les moyens et les experts resteront les mêmes, l’UIMM.
Les pratiques occultes vont se poursuivre.
Un corrupteur forcené du patronat, André Boutemy, devenu sénateur puis ministre, se défend après les élections de 1951 pour faire taire ses accusateurs : "Je ne me souviens plus de qui je le tenais, cet argent, mais je sais fort bien à qui je l’ai donné", ajoutant qu’il détient une liste de 161 députés élus en 1951 qui auraient reçus ses subsides.
L’enquête parlementaire qui suivra établiera que plus de 5 milliards de francs avaient été distribués entre 1946 et 1952, dont 1 milliard ( 20 millions d’euros actuels ...) pour les seules élections législatives de 1951 .....
Le CNPF d’alors est sali, le corrupteur démissionné .... on ne parle pas de l’UIMM.

En 1958, De Gaule impose au patronat de s’entendre avec les syndicats sur un régime national d’assurance chômage avant l’échéance du 31 octobre, menaçant de statuer par ordonnance : l’Unedic est créé le 31 décembre.

En 1963, François Bloch-Lainé, proche de De Gaule, mobilise l’énergie de l’UIMM, avec la publication de "Pour une réforme de l’entreprise" : il propose dans son ouvrage l’ouverture des conseils d’administration aux salariés à égalité avec les actionnaires, il prône la création des sections syndicales d’entreprise.
L’UIMM finance des menaces juridiques contre le livre et intervient abondamment auprès des journalistes.

En 1965, l’amendement Vallon va mobiliser à nouveau les grands moyens de l’organisation : en accord avec L’Élysée, ce gauliste de gauche propose un rééquilibrage entre le capital et le travail, tant en terme de revenu que de pouvoir.
Les réponses ne se font guère attendre : "projets aberrants .... menaces pour la vie et le développement de l’entreprise" !
L’UIMM est sur le pied de guerre, produisant brochures ; argumentaires et articles dans la presse économique ; des alliés de poids au sein du gouvernement réduiront à néant l’idée originelle de partage du pouvoir patronal, avec l’ordonnance du 17 aout 1967, préparée par un certain Edouard Balladur, conseiller du premier ministre Georges Pompidou.

Lors des négociations de Grenelle après les évènements de mai 68, l’UIMM occupe toujours la première place dans la délégation du CNPF.
Alors qu’elle avait hurlé en janvier 1968 contre la hausse "irréaliste" de 3 % imposée par le gouvernement, elle accepte une hausse du SMIG de 35 %.
De même qu’en 1936, il était urgent de "lâcher", suffisamment pour faire apparaitre un changement .... pour pouvoir une nouvelle fois continuer comme avant.

........................ à suivre, bientôt !



Sources et bibliographie :

Quand les patrons s’organisent - Stratégies et pratiques de l’UIMM, 1901-1950 - Dabièle Fraboulet - Ed. Septentrion - 2007

Génération Occident - Frédéric Charpier - Seuil - 2005

Les dossiers confidentiels du patronat - Claude Angeli, Louis Maspéro, Nicolas Brimo - Ed. Maspéro - 1978

Les patrons - André Harris & Alain de Sédouy - Ed. Seuil - 1977

La politique du patronat français - Genry Ehrmann - Ed. Armand Colin - 1959

Marianne du 24 au 30 novembre 2007 :
1901-2007 - Un siècle de jeux d’influence, par Eric Conan


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