Les universités en campagne électorale après la loi Pécresse

jeudi 28 février 2008
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Le philologue Georges Molinié ou le géographe Jean-Robert Pitte : qui sera le prochain président de l’université Paris IV-Sorbonne ? A l’heure où les universités françaises, après avoir adapté leurs statuts à la loi Pécresse qui leur confère plus d’autonomie, procèdent au renouvellement de leurs instances internes, le combat n’est pas seulement académique. Il frappe les esprits car l’actuel président, Jean-Robert Pitte, n’est pas assuré de retrouver son siège le 14 mars, lors du vote du conseil d’administration. Le clivage est aussi politique. Conduisant la liste Avenir de la Sorbonne, Georges Molinié, lui-même ancien président de Paris IV, fait partie des universitaires qui avaient apporté leur soutien à Ségolène Royal. M. Pitte, qui conduit la liste Excellence des humanités, est, lui, réputé pour son engagement à droite et la vigueur verbale de ses prises de position.

Les deux listes sont arrivées ex-æquo, le 19 février, au conseil d’administration, obtenant 7 sièges chacune. Pour le vote final du 14 mars, "les jeux ne sont pas faits", assure M. Pitte, qui attribue ce ballottage à une "alliance des conservatismes de droite et de gauche". L’écart entre le vote des professeurs et celui des maîtres de conférences est flagrant : la liste "présidentielle" obtient 6 sièges chez les premiers et 1 chez les seconds, et la liste rivale l’inverse.

Cette césure entre maîtres de conférences et professeurs se retrouve dans d’autres universités, les premiers ayant tendance à exprimer un vote d’opposition et parfois à sanctionner des présidents qui avaient soutenu la loi LRU (libertés et responsabilités des universités). A l’université Paris-XII Créteil-Val-de-Marne, la liste soutenue par la présidente, Simone Bonnafous, les directeurs de composantes et le SGEN-CFDT, est à égalité avec la liste soutenue par le Snesup, syndicat majoritaire hostile à la loi Pécresse, chacune ayant obtenu 7 sièges chez les enseignants-chercheurs.

A Paris-IV comme à Créteil, le vote des élus étudiants et des personnels non-enseignants fera la décision. A l’université du Maine, une liste soutenue par le Snesup a obtenu 13 sièges sur les 14 prévus pour les enseignants-chercheurs. A l’université de Bourgogne (Dijon), la liste soutenue par la présidente, Sophie Bejean, n’a obtenu que 5 des 12 élus enseignants-chercheurs, à égalité avec une liste soutenue par le Snesup.

La loi LRU se retournerait-elle contre ses auteurs en favorisant l’élection de présidents "opposants" ? Cette analyse, que certains détracteurs de Valérie Pécresse, la ministre de l’enseignement supérieur, pourraient avoir intérêt à propager pour l’affaiblir, se fonde sur peu d’éléments avérés : seules 9 universités sur 85 ont déjà procédé à l’élection ou à la reconduction de leur président. Aucun n’est recensé comme adversaire de la loi. Dans 22 autres universités, les conseils d’administration ont été renouvelés, mais l’élection ou la confirmation du président et du vice-président n’a pas encore eu lieu.

Selon le ministère et la conférence des présidents d’université, il est "prématuré" de tirer une leçon de ces scrutins. Il faut attendre que plus d’universités se prononcent. La loi leur donne jusqu’au 11 août, mais la plupart doivent procéder à ces élections en mars-avril.



Sur LE MONDE | 27.02.08 | 16h11 • Mis à jour le 27.02.08 | 20h02
Luc Cédelle
Article paru dans l’édition du 28.02.08


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