Festival : Quelques compagnies résistent

mardi 17 juillet 2007
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Vous trouverez ci-dessous deux textes diffusés par l’équipe de Machine sans cible et celle du Roi Lear au
festival d’avignon 2007

Voici les textes que les équipe de Machine sans cible (de Gildas Milin,
Cie des Bourdons Farouches) et et celle du Roi lear (Jean-François
Sivadier) ont respectivement décidé de glisser dans leur feuille de salle
au Festival d’Avignon.

  • - L’équipe de Machine sans cible.(de Gildas Milin, Cie des Bourdons Farouches)

Vous êtes assis dans un siège, face à la scène ;
vous vous demandez pourquoi, nous intermittents,
ne désarmons pas ?

Ce que nous avons en commun ce soir, ce n’est pas uniquement un spectacle,
ni un combat pour que le spectacle ait lieu : c’est un combat pour ce que
seront nos vies - les nôtres comme les vôtres - dans les années à venir.

Nous le constatons : l’emploi précaire n’est plus aujourd’hui l’apanage
des professions artistiques. Aujourd’hui, chacun se doit d’être
disponible, flexible, « investi dans le projet », susceptible de
travailler pour plusieurs employeurs, avec des contrats à durée
déterminée, pour des rémunérations variées. En un mot, beaucoup de
salariés sont ou seront invités à travailler par intermittence. C’est bien
parce que les annexes 8 et 10 permettaient d’allier des aléas
professionnels inévitables avec des droits sociaux qu’elles ont été
démantelées par le Médef et la CFDT. Il s’agissait de mettre à bas un
système d’indemnisation du chômage mutualiste, qui avait pour principal
défaut de constituer un exemple pernicieux pour tous les travailleurs
précarisés. L’intermittence sans droits sociaux a un nom : c’est la
précarité.

Nous le disions : le protocole de 2003, dont la signature a entraîné un
mouvement de protestation sans précédent, a détruit ce modèle et vidé de
tout contenu le système de l’intermittence. Après trois ans de débats, de
grèves, d’annulations de festivals, d’interpellations des ministres
successifs, d’occupations, mais aussi d’expertises, de propositions, de
dialogues avec des élus, les mêmes gestionnaires de l’Unedic qu’en 2003
signent en 2006 un copié-collé du document qui a mis le feu aux poudres...

Nous le répétons : l’application de ce nouveau protocole entraînera
l’exclusion d’un tiers d’entre nous du système, c’est-à-dire de 30 à 40
000 personnes. Ce dégraissage du secteur culturel bénéficiera
essentiellement à ceux qui travaillent le plus régulièrement et avec les
meilleurs salaires : ceux-là pourront continuer à accumuler salaires et
indemnités Assedic de luxe. Les autres, les plus fragiles, ceux qui
prennent le plus de risques, ceux qui ont le plus besoin d’aide, seront
invités à s’inscrire au RMI.

Nous réclamons depuis des années une réforme des annexes 8 et 10 régissant
le sort des intermittents. La Coordination des Intermittents et Précaires
a élaboré un Nouveau Modèle d’indemnisation, plus juste, plus mutualiste,
approprié à nos pratiques d’emploi, et dont les principales lignes ont été
reprises par des syndicats et des parlementaires de tous partis, au sein
du Comité de suivi. Et pourtant, la discussion devant l’Assemblée
Nationale de la Proposition Parlementaire de Loi, qui en était
l’expression, a été interrompue par le président du groupe UMP par un
artifice de procédure, sans autre forme de procès...

À quoi servent les instances démocratiques si la voix des intéressés, des
syndicats représentatifs, des élus ne parvient pas à se faire entendre ?
Où et quand nous ferons-nous entendre ?

Le protocole signé le 18 avril 2006 par la CFDT et le Médef n’est pas un
système d’indemnisation du chômage des intermittents. C’est un mécanisme
pervers destiné à faire disparaître du champ social ceux qu’on considère
comme des « assistés », et à intimider ceux qui restent par une politique
de contrôle accru. Il faut savoir en effet, que sous couvert de « lutte
contre les abus », la CFDT a conditionné sa signature de son accord avec
le Médef à l’application d’un contrôle accru des intermittents et des
compagnies qui les emploient. Ces contrôles font planer sur l’ensemble de
nos activités un parfum de suspicion, et pénalisent les plus ordinaires de
nos pratiques.

Dociles, à la merci d’un marché culturel livré à lui-même, isolés,
incapables de penser plus loin que nos 243 jours d’indemnisation, voilà
comment on nous veut.

L’intermittence n’est pas un douteux privilège, et elle n’est plus
l’apanage du spectacle.
Elle vous concerne autant que nous.

Notre avenir sera la solidarité que nous inventerons ensemble.

L’équipe du Roi Lear. (Jean-François
Sivadier)

Pour mémoire. ...
Le protocole signé le 18 avril 2006 par la CFDT et le Médef (pour ne citer
que les syndicats les plus importants) n’est pas un système
d’indemnisation du chômage des intermittents. C’est un mécanisme destiné à
faire disparaître du champ social ceux qu’on veut faire passer pour des « 
assistés » et à intimider ceux qui restent par une politique de contrôles
accrus.
Ces contrôles ont pris des formes kafkaïennes qui font planer sur
l’ensemble des activités de création un parfum de suspicion, et pénalisent
les plus ordinaires des pratiques. Il n’est même pas sérieusement démontré
que ce nouveau protocole réduise les coûts et fasse faire les économies
nécessaires : où sont les chiffres qui le prouveraient ? l’Unedic ne
communique rien, il n’y a aucune transparence, nous sommes en droit d’être
inquiets et méfiants.

Nous, intermittents, ne sommes pas contre une réforme des annexes 8 et 10
régissant notre indemnisation chômage. Nous avons même élaboré un Nouveau
Modèle d’indemnisation dont les principales lignes ont été reprises par
des syndicats et des parlementaires de tous partis au sein du Comité de
suivi de l’Assemblée Nationale.

C’est une question politique, pas économique.

Ce fut une volonté politique qui contribua à la création de ces fameuses
annexes 8 et 10 dérogeant au régime général de l’assurance-chômage.
Aujourd’hui il s’agit de soumettre chacun à la destruction de sa propre
qualité de vie et de travail, instaurant concurrence et calculs mesquins,
voilà ce à quoi nous sommes confrontés dans le spectacle vivant.
Beaucoup de salariés sont où seront invités à travailler par intermittence.
L’intermittence sans droits sociaux a un nom : c’est la précarité.
C’est bien parce que les annexes 8 et 10 permettait d’allier d’
inévitables aléas professionnels avec des droits sociaux qu’elle a été
démantelée. Il fallait mettre à bas un système d’indemnisation du chômage
mutualiste qui avait pour principal défaut de constituer un exemple pour
tous les travailleurs précarisés.


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