Un mois de grève de la faim à PSA-Poissy : « On est nourris par la rage »

par Nicolas Salvi, Politis
mercredi 23 octobre 2013
par  Pierre L
popularité : 45%

Sept camarades de SUD PSA-Poissy en grève de la faim depuis le 18 septembre.

Résistances

Par Nicolas Salvi - 16 octobre 2013

Un mois de grève de la faim à PSA-Poissy : « On est nourris par la rage »

Sept salariés de PSA Poissy dénoncent la dégradation de leurs conditions de travail et le non-respect de leur activité syndicale.

Les tentes sont alignées devant le pôle tertiaire de PSA-Peugeot Citroën à Poissy. Quelques banderoles, une boîte en carton cabossée sur laquelle on peut lire « caisse de grève ».
Entre le campement et le bâtiment, des salariés costume-cravate s’autorisent une pause cigarette derrière deux agents de sécurité qui nous demandent : « Vous travaillez pour qui ? »

Un peu en retrait, des militants discutent avec Ahmed Oubakhti, secrétaire Sud pour PSA Poissy. Le regard cerné, barbe poivre et sel, il donne un aperçu physique de la situation après presque un mois de grève de la faim : « On tient le coup avec de la vitamine B1. On prenait trois cachets par jours, mais ça fait un moment qu’on est passé à six. Plus quelques fruits secs, mais pas beaucoup : l’absorption des lipides représente un gros effort pour le corps, d’après les médecins. »

Inquiétudes médicales

Depuis le 18 septembre, les sept grévistes sont suivis au quotidien par 14 médecins de la Ligue des droits de l’homme. Ces derniers, organisés en collectif, ont publié un communiqué le 7 octobre pour faire part de leur inquiétude : « Nous risquons d’avoir très vite des problèmes médicaux plus sérieux qu’un simple amaigrissement. »
Ahmed Oubakhti détaille :
« Il y a des hémorragies internes, des crises cardiaques, beaucoup de choses. Moi j’ai perdu 17 kilos. »
Il nous montre la photographie d’un homme aux joues rebondies. « C’est moi, avant la grève. »

Les revendications des sept syndicalistes de SUD n’ont pourtant rien d’extravagant : des rythmes de travail décents et le respect de leurs droits syndicaux.

Depuis la fermeture du site PSA d’Aulnay-sous-Bois, la direction a demandé aux salariés de Poissy de compenser la disparition du site en redoublant l’effort.
Les mêmes effectifs, les mêmes salaires pour ce que le secrétaire Sud qualifie de « cadence infernale » : « On a beaucoup, beaucoup d’arrêts de travail, beaucoup de maladies professionnelles, de dépressions… » Un constat déjà émis à plusieurs reprises par l’inspection du travail, en vain.

« Mise au placard »

Face à l’attentisme des autres syndicats, la vingtaine de salariés encartés Sud tente alors d’enrayer la machine, sans grand succès. 

« La direction nous a mis au placard, nous a retiré les moyens de travailler, ne nous donne pas de poste de travail », enrage Ahmed Oubakhti en nous montrant une photographie de son bureau, une pièce nue aux allures de débarras qu’il est tenu d’occuper toute la journée. L’expression « mise au placard » a rarement sonné aussi juste.

Malgré une représentativité réelle au sein de l’entreprise, Sud fait l’objet d’un traitement inédit de la part de la direction. Les syndicalistes sont obligés de s’équiper à leurs propres frais, malgré une loi incombant cette responsabilité à l’entreprise.

Surtout, les ressources humaines n’hésitent pas à dissuader les salariés de s’adresser au syndicat. « Les caméras sont là, elles sont partout. », explique Ahmed Oubakhti. « Quand quelqu’un vient nous voir, il est aussitôt convoqué. Il est soit réprimandé, ou bien… "Tu veux quoi ? Tu veux une petite augmentation ? On s’en occupe tout de suite mais tu ne vas pas les voir." » 
Pour couronner le tout, sa boîte mail professionnelle a été tout bonnement désactivée. Isolement garanti.

En mai dernier, la direction de PSA a été condamnée à verser 77 000 euros de dommages et intérêts au secrétaire Sud de Poissy de l’époque pour harcèlement moral et discrimination syndicale. Une décision de justice qui n’a pas mis fin aux pratiques douteuses des ressources humaines.

Le groupe PSA, un gros annonceur

Mais ce qui étonne le plus Ahmed Oubakhti, c’est le silence médiatique qui entoure la grève de la faim depuis le premier jour.

« Là, ça fait 29 jours qu’on est là. Aucun média national n’est venu », déplore-t-il, avant de se rappeler un épisode ubuesque datant de juin 2012. Suite à une tentative de suicide d’un salarié de PSA Poissy, les médias s’étaient bousculés pour parler aux responsables syndicaux : « I-Télé, Canal +, RTL, BFM… tous les médias de France. Et le soir, rien. Une ou deux télés ont fait défiler un titre en bas de l’écran, le Parisien a fait un petit truc. Les autres, rien. » 

Dans le passé, le groupe PSA, gros annonceur, n’a pas hésité à supprimer ses investissements publicitaires dans les médias qui avaient publié des informations qui n’étaient pas à son goût.

Silence du gouvernement, silence des syndicats… Les grévistes ne peuvent compter que sur le soutien d’associations comme la Ligue des Droits de L’Homme ou Attac. Côté politique, le Parti de gauche et le Nouveau parti anticapitaliste sont également au rendez-vous. Laurence Sauvage, secrétaire nationale aux luttes sociales du PG, présente sur place, affirme qu’elle n’a jamais vu ça : « On ne peut pas laisser sept mecs crever sur le trottoir comme ça sans réagir, sans même organiser une table ronde avec les salariés… »


Un article du Figaro (!), déjà ancien

PSA : 7 syndicalistes en grève de la faim

http://www.lefigaro.fr/flash-eco/20...

Sept syndicalistes du syndicat Sud à PSA Poissy observent une grève de la faim depuis le 18 septembre devant le pôle tertiaire du site automobile, pour dénoncer "des agissements répétés de harcèlement moral", a constaté lundi une journaliste de l’AFP.

Leurs tentes campées face aux grilles du pôle tertiaire, sur le site automobile yvelinois de Poissy, les syndicalistes sont entrés lundi dans leur treizième jour de "grève collective totale de la faim".

Ils dénoncent "des conditions de travail dégradées", "des agissements répétés de harcèlement moral" et "la discrimination syndicale" à l’égard des salariés encartés à Sud, depuis environ trois ans.

Contactée par l’AFP, la direction du groupe PSA Peugeot Citroën "a pris connaissance de l’action menée par quelques salariés de Sud, organisation syndicale non représentative au sein de PSA". "Nous continuons à appeler au dialogue. La direction de Poissy les a rencontrés régulièrement. Le groupe regrette bien évidemment cette action", a-t-elle indiqué.

"On veut que les intimidations, les sanctions arbitraires et les mises au placard de syndicalistes cessent. La DRH veut nous fermer la bouche", a indiqué à l’AFP Ahmed Oubakhti, secrétaire de Sud Auto à PSA Poissy. Selon le syndicaliste, "les pressions ont été accentuées par le fait que nous rejetons le plan social". 
Il met en cause "des charges de travail colossales" et "la cadence infernale" pour rattraper le retard de la production de la C3, qui a été basculée sur Poissy dans le cadre de la fermeture du site d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) prévue en 2014

La Cour d’appel de Versailles a condamné le 16 mai 2013 PSA Peugeot Citroën à verser 70.000 euros de dommages et intérêts à l’ancien secrétaire de Sud Auto à Poissy, victime de "discrimination syndicale" et de "harcèlement moral", selon un arrêt consulté par l’AFP.
Cette décision venait confirmer un jugement du conseil de prud’hommes de Versailles de 2010.



Navigation