"Organisation" du chômage, "organisation" du travail, destruction des êtres humains

vendredi 8 mars 2013
par  Pierre L
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Nouvelle tentative d’immolation à Pôle Emploi

Jeudi, 07 Mars 2013

Un chômeur a tenté de s’immoler par le feu mercredi 6 mars en fin de matinée dans son agence de Bois-Colombes (Hauts-de-Seine).

L’homme, un cadre de 59 ans, s’est aspergé d’essence avant d’être maîtrisé par les conseillers, selon la préfecture de police. Ne souffrant d’aucune séquelle physique, il a ensuite été transféré à l’hôpital Louis-Mourier de Colombes pour rencontrer un médecin et un psychiatre, avant de rentrer chez lui. L’homme habiterait Neuilly, précise la mairie.

"L’entretien s’est très mal passé avec les conseillers. Il a quitté l’agence avant de revenir vers 12h30 un bidon d’essence à la main", explique-t-on de même source. Selon les informations recueillies par Le Monde, le chômeur était insatisfait de la réglementation du chômage. Après avoir travaillé pendant une brève période, il se serait en effet vu expliquer que la durée de son indemnisation serait raccourcie suite au réexamen de ses droits.

Les agents n’ont fait qu’appliquer la réglementation de l’Unedic, qui prévoit de recalculer les droits en cours quand le demandeur d’emploi a retravaillé et été désinscrit plus de 122 jours d’affilée. L’accord sur l’emploi, signé le 11 janvier par les partenaires sociaux, prévoit de mettre fin à cette règle via l’instauration de "droits rechargeables" à l’assurance-chômage [1].

Le 13 février, Djamal, un chômeur en fin de droits de 43 ans, s’était immolé par le feu devant son agence Pôle Emploi de Nantes, perdant la vie pour un indu de 620 €. Un drame qui avait causé une grande émotion au sein de l’organisme et de la classe politique.

Deux jours après, le 15 février, un autre homme de 49 ans se disant "très seul", sans emploi et à l’ASS, avait tenté de s’immoler par le feu en pleine rue en bas de son domicile à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis).

Depuis ces dates, les menaces d’immolation se multiplient [2], rapportent plusieurs sources au sein de Pôle Emploi.

(Source : Le Monde)

[1] C’EST COMPLÈTEMENT FAUX ! Les « droits rechargeables » avancés dans cet accord — approuvé par le gouvernement "socialiste" et partout vendu comme une « avancée » alors qu’il est extrêmement régressif — ne sont absolument pas acquis. Ils doivent être négociés en décembre par les "partenaires sociaux" de l’Unedic et, d’ores et déjà, le Medef a proposé, soi-disant pour ne pas grever le déficit de l’assurance chômage, de remettre en place la dégressivité des allocations pour tous les demandeurs d’emploi ou de baisser leur niveau de 10 à 15% pour tous ou de diminuer la durée des droits pour tous => LIRE ICI.
Les « droits rechargeables » pour les chômeurs, c’est donc du pipeau !!! Faut arrêter de nous raconter n’importe quoi !

[2] Panique devant une agence de Vannes où, toujours ce mercredi matin, un chômeur a menacé de faire sauter Pôle Emploi avec une bouteille de gaz en cas de non-versement immédiat de ses indemnités...

http://www.actuchomage.org/20130306...


La Caisse d’Épargne n’épargne pas ses salariés

Gilles Raveaud

Mercredi 6 mars 2013

Ah la Caisse d’Épargne, cette institution pépère au coin de la rue, ce pilier de l’économie sociale et solidaire, ce refuge pour ceux qui n’aiment pas trop les grandes banques spéculatrices…
Oui, eh ben il faut croire qu’elle a bien changé, la Caisse d’Épargne. Enfin, bien. Très mal, plutôt.

Insatisfaits des résultats de ses “collaborateurs”, la direction de l’entreprise a décidé de les noter, sur tout, tout le temps, comme à l’école (tiens ?). Et puis leurs notes ont été affichées, connues de tous, pour que les cancres prennent conscience de leur cancritude, et que les cadors puissent se foutre d’eux à la récré.

Sauf que le jeu, poursuivi en dépit des appels clairs et répétés des médecins du travail, a mal, mais alors très très mal fini.

Et puis, chez Conforama, c’est pas joli non plus, on colle des “smiley” avec une balle dans la tête à côté des noms des vendeurs qui n’atteignent pas leurs objectifs.

Tout cela, c’est que nous apprend l’émission “Envoyé Spécial” dans ce reportage diffusé jeudi dernier (28 février 2013).

Fort heureusement, la Caisse d’Épargne de la région Rhône-Alpes a été condamnée par la justice, la mise en concurrence permanente des salariés ayant pour effet de “compromettre gravement leur santé”.

Merci au service public de nous ouvrir les yeux, et que la honte ensevelisse les “responsables” de ces entreprises, toujours là.

http://alternatives-economiques.fr/...


Comme un suicide à La Poste

Par Daniel Schneidermann le 08/03/2013

On sait qu’elle s’appelait Pauline. Elle avait 21 ans. Elle était factrice en CDD en Haute-Loire, à Monistrol sur Loire.
Et le 15 février, on l’a retrouvée pendue chez ses parents.

Voilà ce que l’on sait. Est-elle "une suicidée de La Poste", inaugurant un feuilleton qui pourrait prendre le relais des suicides à France Télécom ?
Libé n’en dit pas beaucoup plus : "La veille de sa mort, la Poste venait de lui signer un nouveau CDD. Sa première journée avait été difficile. Le matin du drame, elle prend son poste à 6 h 30.
Un cadre, voyant son état de fatigue, la renvoie chez elle. A 8 h 30, ses parents la découvrent à son domicile, pendue". Etrange. Pourquoi se suicider, alors qu’on vient de décrocher un nouveau CDD ?

On en apprend davantage à la lecture de L’Huma.
On venait de confier à Pauline une tournée difficile, dans une région montagneuse et enneigée. La veille de son suicide, elle n’a pas pu achever sa tournée, en dépit de onze heures de travail.
Elle arrive tôt le matin. Elle a du courrier en retard. Elle n’a pas dormi de la nuit.
Son chef, la voyant épuisée, lui "propose" de rentrer chez elle. Elle se pend quelques heures plus tard.

Quelques détails supplémentaires encore dans le quotidien régional, Le Progrès (édition locale).
On y apprend qu’elle a dû écouler le retard de courrier laissé par son prédecesseur, un autre CDD, parti en arrêt maladie.
La direction assure que « la salariée avait accepté les heures supplémentaires pour écouler un surcroît de volume. Des heures qui ont été prises en compte financièrement. »

Voilà ce que disent les articles, pas davantage.

Evidemment, il y a tout le cadre, qu’on reconstitue mentalement.
La tournée maudite, sur des départementales enneigées, que la direction refile à de jeunes CDD, sur fond de suppressions de postes.

Mais pour en savoir davantage, il faudrait aller sur place, enquêter. Il faudrait la parcourir, cette tournée du secteur de Saint-Just-Malmont, que la direction, si l’on comprend bien, suppose qu’un facteur sachant facter peut effectuer en cinq heures.

Près d’un mois après le suicide, aucun journaliste n’a encore vraiment enquêté sur ses circonstances précises.
L’article du Progrès, daté du 7 mars, semble être le premier consacré à l’affaire, trois semaines après le suicide.

On a beaucoup moins enquêté sur le suicide de Pauline, par exemple, que sur les circonstances dans lesquelles Nicolas Sarkozy a dit à Valeurs Actuelles qu’il était prêt à se dévouer pour le bien de la patrie.
L’a-t-il dit en demandant qu’on le répète ? En demandant qu’on ne le répète pas, mais en espérant qu’on le répète ? Ou l’inverse ? Voilà un vrai sujet d’enquête, garanti sans routes enneigées de Haute-Loire.

« Il n’y a pas d’éléments permettant d’établir la responsabilité de l’entreprise. Ce sont des drames personnels et familiaux, où la dimension du travail est inexistante ou marginale » a déclaré le président de La Poste, Jean-Paul Bailly, le 28 février, à propos du suicide de Pauline, et de trois autres suicides récents, au cours d’un conseil d’administration.
Disons plutôt : "aurait" déclaré.
Ces phrases, si elles ont été entendues par des syndicalistes, ont ensuite été adoucies, à coups de "souvent", dans le compte-rendu écrit du CA, comme le précise Libé, qui conclut : "la direction contestait hier ce récit" (des syndicalistes). On la comprend.

http://www.arretsurimages.net/vite....


Immolations : De la « mode des suicides » appliquée aux chômeurs

Jeudi, 07 Mars 2013

Marc Landré, journaliste au Figaro et chroniqueur du blog Les dessous du social, est d’accord avec l’ex PDG de France Télécom, Didier Lombard : ces immolations de chômeurs ne sont qu’une mode qui passera, comme toutes les modes...

Voici le tweet qu’il a posté hier soir en clin d’œil à Jean Bassères, DG de Pôle Emploi dont la froideur, face aux événements, est exemplaire :

« Marc Landré
conseil au DG de pole emploi : ne pas parler de mode pour les chômeurs qui s’immolent même si C vrai. Ca a couté son poste à Lombard »

Les paroles s’envolent ; les écrits restent.

Ce que Marc Landré ne sait peut-être pas, c’est que la « mode du suicide » — et celle de l’immolation — n’est toujours pas passée à France Télécom. En effet, pas plus tard que lundi matin, un responsable logistique du bureau de Pau, soupçonné de fraude et suspendu provisoirement, est décédé après s’être immolé par le feu à son domicile. Il avait 41 ans. Seraient en cause dans ce drame les méthodes et "interrogatoires" controversés du pôle enquêtes de la direction de France Télécom.

Le chômage est-il une mode ? Le désespoir qu’il charrie est-il une mode ?

Comment peut-on avoir le cœur aussi sec ? Est-ce du cynisme, ou de l’aveuglement ?

Certes, me direz-vous, ceux qui ne l’ont pas vécu ne peuvent pas comprendre. Marc Landré, bien au chaud au Figaro, ne semble toujours pas menacé par cette descente aux enfers que connaissent aujourd’hui des millions d’actifs, qu’ils tombent de haut comme ce cadre de 59 ans à Bois-Colombes, ou qu’ils soient au plus bas comme Djamal, décédé à Nantes, ou cet allocataire de l’ASS à St Ouen.

Mais personne n’est à l’abri, n’est-ce pas ? Sauf Didier Lombard qui, malgré ses dérapages, cumule une retraite de haut fonctionnaire au niveau le plus élevé de la FP + une retraite-chapeau évaluée à plus de 325.000 euros par an. Et comme tant d’oligarques qui ont la main partout — ça aussi, c’est une mode qui, elle, ne passe résolument pas —, Didier Lombard est toujours administrateur et président du conseil de surveillance de ST Microelectronics, et siège aux conseils d’administration de Thales, Technicolor et Radiall.

Le malheur des uns fait le bonheur des autres, et vice versa.

SH

http://www.actuchomage.org/20130307...



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