« Que notre rage passe dans toutes vos pages  », rencontre avec des grévistes de l’usine PSA d’Aulnay, L’Humanité le 5 Février 2013

mardi 5 février 2013
par  Pierre L
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« Que notre rage passe dans toutes vos pages  », rencontre avec des grévistes de l’usine PSA d’Aulnay

L’Humanité le 5 Février 2013

Grévistes à l’usine PSA d’Aulnay, Agathe, Julien et Saïd ont pris quelques heures sur leur précieux temps de lutte pour venir insuffler leur colère dans les pages de l’Humanité. Ils sont les rédacteurs en chef de cette édition exceptionnelle.

A découvrir dans l’Humanité :
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Le chantage tenté par la direction de Renault n’est qu’un gros coup de bluff
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Vidéo l’Humanité.fr : "Ceux qui veulent sauver l’usine, c’est nous !"

Les extraire de leur grève n’a pas été chose facile. Jusqu’au dernier moment, hier matin, les questions circulaient dans la rédaction. «  Est-ce qu’ils viendront bien  ? À combien  ? Est-ce qu’ils pourront rester, est-ce qu’ils pourront écrire  ? On maintient, on annule  ?  » Et puis ­finalement, à 9  h 30, ils sont arrivés, Agathe, Julien, Saïd, nos «  rédacteurs en chef d’un jour  » aux traits un peu tirés car si, à cette heure, les journalistes commencent leur journée, eux étaient à l’usine dès 6 heures, sans ­compter qu’ils ont dans les pattes près de trois ­semaines de grève contre la fermeture du site. Tout de suite, d’ailleurs, ils annoncent la couleur  : à 13 heures, ils devront être de retour à Aulnay, car tout de même, c’est là-bas que ça se passe.

"On est des grévistes"

Après un café-croissant dans le bureau du directeur de la rédaction, Patrick Apel-Muller, qui leur explique les «  règles du jeu  », ils passent à la conférence de rédaction, où ils se présentent.
Julien, ouvrier chez PSA depuis 1995, est passé par le ferrage mais travaille maintenant comme «  dépanneur sur ligne robotisée  ».
Agathe, entrée à l’usine en 1996, est magasinière cariste – comprenez qu’elle apporte les pièces sur la ligne de montage.
Saïd, ouvrier au service qualité, a travaillé sur divers sites PSA depuis son embauche en 1999, avant d’atterrir à Aulnay, il y a deux ans.
Lui est syndiqué à SUD, ses deux camarades à la CGT, mais ils soulignent  : «  Avant d’être dans tel ou tel syndicat, on est des grévistes.  »

"On a des choses à dire !"

Alors qu’une collecte de soutien est ­lancée dans les étages de l’Humanité – plus de 1 000 euros seront recueillis –, les chefs de rubrique égrènent les sujets au menu  : casse de l’emploi, intervention au Mali, suppression des subventions aux associations caritatives, mort d’un bébé dans une maternité, suicide d’une veuve pour raisons financières…
Pour les journalistes, c’est un jour comme les autres, mais les ouvriers accusent le coup face à ce concentré du monde comme il va (mal). «  C’est ça, la société  ? s’emporte Agathe. C’est sûr qu’on a des choses à dire  !  »
Comme le temps presse, les rédacteurs d’un jour n’écriront pas eux-mêmes. Les journalistes des différentes rubriques défileront pour recueillir leurs points de vue qui seront insérés dans le journal.

Vidéo l’Humnaité.fr : "Des années que l’on accumule la rage"

« Nous, ce qu’on veut, c’est que notre rage passe dans toutes vos pages  ! insiste Agathe.

Les médias aiment voir les ouvriers pleurer, mais nous, on ne pleure pas, on est en colère.  »

Saïd rappelle combien PSA a fait trimer ses salariés, ces dernières années  : «  On a fait des efforts pour améliorer la qualité, on a donné mais aujourd’hui PSA oublie tout ça et ferme.  » «  On était une usine pilote dans le groupe  », explique ­Julien. «  Maintenant, on est pilotes pour les licenciements  », ironise Agathe.

Au fil des sujets, PSA, Renault, les médias en prennent pour leur grade, sans oublier le gouvernement  : «  Depuis l’annonce de la fermeture, on n’a vu personne, l’État est complètement absent  », se désole Saïd, tandis qu’Agathe tacle un Montebourg qui estime que ­Renault n’a «  pas franchi la ligne rouge  ».
À treize heures, les entretiens sont bouclés, les trois d’Aulnay se livrent à une séance photo, boivent un coup puis repartent à la grève, sans avoir rien cassé, pas même la croûte.

Fanny Doumayrou Reportage photo  : Patrick Nussbaum
Vidéo Stéphane Guérard


Automobile
À la répression de PSA s’oppose la solidarité générale

http://new.humanite.fr/social-eco/l...

Ce mardi après-midi, un grand rassemblement de soutien aux syndicalistes poursuivis se tient sur le parking de l’usine d’Aulnay.

Fermeture temporaire du site décidée unilatéralement par la direction – une pratique ressemblant furieusement à un lock-out –, tentative de faire entrer de nouveaux intérimaires pour remplacer les grévistes sur leurs postes, mobilisation de vigiles extérieurs, de cadres et d’agents de maîtrise, instrumentalisation des journalistes encouragés à fredonner la petite musique de la «  casse  », plaintes à la police contre certains des salariés identifiés comme des meneurs ou des organisateurs, convocations dans les services de la sûreté départementale, mise à pied conservatoire et procédures de licenciement…

Depuis trois semaines, la direction de PSA multiplie les attaques afin de tuer dans l’œuf le mouvement de grève reconductible qui paralyse l’usine d’Aulnay-sous-Bois.
Mais rien n’y fait  : toutes les armes utilisées se retournent contre elle.

À la solidarité patronale – le constructeur automobile peut compter sur le soutien de l’UIMM et du Medef où ses hommes font depuis toujours la pluie et le beau temps –, les grévistes opposent la solidarité ouvrière et citoyenne. Et ça marche !

Catastrophe sociale

Les dons commencent à affluer au fonds de soutien au mouvement dans l’usine d’Aulnay-sous-Bois.
Des élus participent à cet élan. Et certaines villes vont beaucoup plus loin. À l’initiative de François Asensi, le maire Front de gauche de Tremblay-en-France où 62 familles seraient directement touchées par la fermeture de l’usine PSA, le conseil municipal a adopté à l’unanimité la décision de verser une aide de 20 000 euros aux grévistes d’Aulnay-sous-Bois.
«  La fermeture du site d’Aulnay-sous-Bois, reconnu par les experts pour la qualité de sa production, constituerait une véritable catastrophe sociale et économique dans un département touché durement par le chômage, la crise financière, les discriminations territoriales  », justifie le maire, dans un communiqué.

Soutien politique et syndical

Ce mardi, à 13 h 30, sur le parking de l’usine PSA, se tient un rassemblement de soutien aux militants menacés de licenciement pour faits de grève.
Parmi les personnalités politiques attendues, on trouve Pierre Laurent et Marie-George Buffet (PCF), Martine Billard (PG), Nathalie Arthaud (LO), Olivier Besancenot (NPA), un député socialiste et une sénatrice Europe Écologie. Et du côté syndical, Annick Coupé (Solidaires), Philippe Martinez (fédération CGT de la métallurgie), Xavier Mathieu, ex-porte-parole des Conti en lutte, et Mickael Wamen, délégué CGT de Goodyear à Amiens, sont attendus.
Réunis en assemblée départementale, les communistes de Seine-Saint-Denis ont adopté une motion condamnant la «  voie de la criminalisation du fait de grève et de l’action syndicale  » que PSA emprunte aujourd’hui  : «  Cette volonté tend aujourd’hui à se généraliser pour étouffer le mouvement social. Afin de stopper cette opération patronale, il y a urgence à ce que soient adoptées la loi d’amnistie des militants syndicalistes et la loi interdisant les licenciements boursiers.  »

Dans un communiqué commun, cinq organisations syndicales départementales de Seine-Saint-Denis (CGT, CFDT, Solidaires, FSU et FO) «  condamnent les tentatives de criminalisation de l’action syndicale dont se rend responsable la direction de PSA  ».
«  L’annonce de la fermeture de l’usine d’Aulnay et le peu de cas fait des revendications des salariés les ont contraints à engager un mouvement de grève reconductible  », insistent les syndicats, avant d’«  inviter la direction à cesser toute velléité répressive et à ouvrir véritablement les voies du dialogue plutôt que de s’attaquer aux militants actifs de la grève  ».

Les dons sont à adresser à Soutien aux salariés de l’automobile du 93, 19-21, rue Jacques-Duclos, 93600 Aulnay-sous-Bois.



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