La fiction des emplois vacants

article tiré de : Le Nouvel Observateur N° 2507 du 22 novembre 2012
lundi 10 décembre 2012
par  Pierre L
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La fiction des emplois vacants

Le Nouvel Observateur N° 2507 du 22 novembre 2012
Par Véronique Radier

L’idée que, malgré l’explosion du chômage, des milliers de postes resteraient inoccupés faute de candidats suffisamment formés resurgit.

Elle est fausse.

Beaucoup de gens en sont persuadés : il y aurait en France, malgré plus de 3 millions de chômeurs, des tas d’emplois à prendre. Des chiffres circulent. Ces jobs vacants seraient entre 400 000 et 600 000.

« C’est une idée tellement tentante… et puis elle paraît simple, évidente », note Jean-Louis Zanda, chercheur à Pôle Emploi.

Pour la défendre, on trouve d’abord les pourfendeurs de l’État-providence et de l’assistanat. Bien des chômeurs, pensent-ils, sont des paresseux : ils préfèrent toucher leurs indemnités plutôt que d’accepter un boulot.
Couplet souvent entonné au Café du Commerce mais aussi à plusieurs reprises par Jean-François Copé et aujourd’hui encore repris par de nombreux politiques.

Jean-Louis Zanda est un peu surpris de sa persistance : « avec la montée du chômage, je ne pensais plus entendre ce genre de discours sur les difficultés de recrutement, qui émane des fédérations professionnelles ».
Car il en a déjà démonté les ressorts dans une étude publiée en 2010.

« Cette idée repose sur un malentendu : un emploi vacant, c’est juste un recruteur qui exprime un besoin à un instant donné et non un poste bien défini durablement à pourvoir ».
Et si le chiffre de 400 000 ou 600 000 paraît énorme, il s’agit, explique Jean-Louis Zanda, d’une illusion d’optique : « Il est normal qu’il existe un stock d’offres mécaniquement disponibles à un moment donné, toutes ne peuvent être pourvues le jour même ; 400 000, cela n’a rien de faramineux pour 13 millions de contrats de travail signés chaque année… »

Et puis autant, pour être comptabilisé comme chômeur dans les statistiques officielles, il faut répondre à des critères précis – être immédiatement disponible, à temps complet, en recherche active d’emploi, etc. - autant l’évaluation des « emplois disponibles » ou « vacants » est, elle, très floue.

Au nombre d’offres en stock, on ajoute des estimations à partir d’enquêtes auprès des entreprises : « Il peut s’agir de prévisions d’embauche, liées par exemple à un appel d’offres qui sera ou non remporté ».

Quant à la prétendue mauvaise volonté des chômeurs, elle est démentie par les études de Pôle Emploi et du ministère du Travail.
On y voit au contraire combien ils sont prêts à d’importantes concessions.

Mais il est d’autres défenseurs de ce credo, comme Louis Gallois, qui, dans son rapport, réclame des mesures en faveur d’ « une formation répondant aux besoins de l’industrie ».
Deux fois il souligne que « de nombreux industriels se plaignent de ne pas trouver les personnels dont ils ont besoin, en dépit d’un chômage élevé ».

Deux ministres, Vincent Peillon à l’Éducation et Geneviève Fioraso à l’enseignement supérieur, sont sur cette même ligne : notre école ne formerait pas les jeunes aux bons métiers.
Mais ces emplois vacants-là ne semblent pas davantage exister.

Tristan Klein, expert en la matière puisqu’il réalise les enquêtes du Centre d’Analyse stratégique sur les recrutements présents et à venir dans les différents métiers, tord lui aussi le cou à cette idée : « Elle est très rassurante mais les choses sont loin d’être aussi simples.
Il peut certes, exister des pénuries, notamment au niveau local, avec des problèmes de mobilité, d’horaires atypiques, de conditions de travail, mais le vrai problème, c’est bien le manque d’offres et non l’inadéquation des formations ».
Même au sortir d’une formation, y compris celles qui sont réputées « en tension », c’est-à-dire avec des recrutements difficiles, de nombreux débutants exercent finalement un métier sans rapport avec leur spécialité.
« On ne peut créer des tuyaux de formation parfaitement ajustés aux besoins de tel ou tel secteur ou profession ». explique Tristan Klein.

D’autant plus que « les entreprises ne savent pas déterminer les compétences dont elles vont avoir besoin », souligne Jean-Louis Zanda.

Et de conclure : « Rares sont les recrutements qui échouent faute de candidats. Lorsque le besoin est vraiment là, l’employeur assouplit ses critères ou encore crée des formations, y compris en interne ». Nécessité fait loi.

Le Nouvel Observateur N° 2507 du 22 novembre 2012



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