Ils endurent

jeudi 8 novembre 2012
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Alors qu’en France, certains, encore trop nombreux, tergiversent pour se rallier à UNE journée de grève, européene qui plus est (le 14/11), les mineurs marocains, eux, sont engagés dans une longue lutte, où ils risquent chaque jour leur vie,contre la spoliation de leur travail et leur intégrité physique par les actionnaires occidentaux.

Témoignage depuis Ouarzazate

ILS ENDURENT

Ouarzazate, avec les Anciens Mineurs Marocains du Nord-Pas-de-Calais qui mettent leur mémoire douloureuse au service des droits humains. Décor de ciné. L’Atlas peint à la main sur une toile de velours. Mais ce n’est pas le tourisme, l’âme de ce pays enclavé, mais les mines de metaux précieux où ahane un petit peuple en révolte contre l’inacceptable.

Oh, le voyage en humanité que je fais dans cette guerre oubliée des média, auprès de jeunes résistants, si minés par la silicose qu’ils paraissent sortir d’un camp !

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lutte des mineurs marocains

Ils ne disent pas « résister » mais « endurer ».

Grève générale.
« Plus ils répriment, plus ils nous renforcent ! », lance Majdi, beau tribun de la CDT, à la gueule de Zapata, à la foule massée devant le tribunal pour soutenir les travailleurs condamnés sur la foi de dossiers fabriqués. Puis elle envahit la prison et exige d’être détenue avec ceux qui veulent simplement que le code du travail soit appliqué.

Dans les mines d’Imini, (actionnaires étrangers), les mineurs ont bataillé huit ans avant d’obtenir le minimum. Dans celles de Bou-Azzer, dont le principal actionnaire est l’État, (donc la famille royale), la lutte ne fait que commencer.

Ici et là, on ne paye pas les charges sociales, on casse les contrats durables, on propose des contrats de trois mois en toute illégalité. On déclare 12 jours quand l’ouvrier en travaille 26. On ne remplace pas les filtres protégeant de la poussière mortifère. On vire les malades dès qu’ils dépassent le stade 2 de la silicose. On oblige les récalcitrants à ne travailler qu’une semaine sur deux. On les mute au fond du désert, on les affame. On pilonne la CDT. 50 mineurs syndiqués il y a dix ans, plus de 400 aujourd’hui à Imini. Les sous-traitants aussi se syndiquent. On menace leurs familles. On fait venir par camion des gangsters qui tabassent sous les yeux des gendarmes. On lance de la dynamite à l’intérieur d’un puits. On coupe le courant. On stipendie une armée de fonctionnaires. On dicte des faux. Ici, le délégué passe des années en prison pour entrave à la liberté du travail, avant d’être acquitté.

L’État veut privatiser la richesse nationale pour faire plaisir à ses actionnaires et à l’Europe libérale. Alors, il ment sur la réalité de la production et des débouchés. Il fragilise l’entreprise, afin qu’elle soit rachetée par les complices de l’escroquerie au prix le plus bas.
La CDT mène l’enquête. Les preuves de la rentabilité, envoyées aux actionnaires les plus honnêtes, sont si évidentes que l’entreprise fait marche arrière. La production retrouve son meilleur niveau. Les intimidations se font alors plus violentes. Le mouvement se délocalise, la solidarité aussi, dans tout le pays. Les mineurs en autogestion travaillent mais refusent d’être (mal) payés. La maîtrise veut-elle les expulser, ils se couchent dans les broyeurs. Le doux Hussein, battu à mort, dit en sortant de prison qu’il a compris qu’au fond, ce qui s’extrait, c’est la dignité enfouie dans la terre rouge de l’Atlas.

Soyons solidaires !

Ricardo Montserrat, co-auteur avec l’AMMN de Mauvaise Mine. 7 novembre 2012


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