Plaintes pour harcèlement à l’Ecole d’Art d’Avignon : l’affaire s’envenime

dimanche 1er juillet 2012
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La colère gronde un peu plus chaque jour à l’Ecole Nationale Supérieure d’Art d’Avignon. Vendredi 22 juin, quatre élèves se sont rendus au commissariat pour déposer plainte contre Jean-Marc Ferrari. Une entrevue dont ils dénoncent d’ailleurs les « manipulations ». Deux d’entre eux accusent leur directeur de harcèlement sexuel, et deux autres de harcèlement moral. Alors qu’ils s’insurgent « d’une loi du silence généralisée », le préfet du Vaucluse a brisé le silence, hier, pour s’exprimer sur une affaire qui enfle.

Ils avaient prévenu : au moins une plainte serait déposée avant le 26 juin, date du Conseil d’Administration de l’école. Chose promise, chose due. Quatre plaintes ont été déposées il y a quelques jours contre le directeur de l’Ecole. Les étudiants en question l’accusent de « menaces, de paroles et de gestes déplacés ». Boris, qui doit passer en 4e année à la rentrée fait partie des personnes ayant déposé plainte, pour harcèlement moral : « à deux reprises, Jean-Marc Ferrari m’a ouvertement menacé de me renvoyer de l’école sans raison ; je fais partie des étudiants mobilisés demandant sa démission… D’ailleurs je suis élu au Conseil d’Administration en tant qu’élève mais mardi (le 26, ndlr), au CA, je n’ai pas pu rentrer pour y assister, on m’a refusé l’accès ! ». Un groupe d’étudiants s’était d’ailleurs rassemblé juste avant la tenue de ce Conseil : « il semblerait que la situation n’ait même pas été évoquée, ni par la préfecture, ni par la mairie, comme si rien ne s’était passé alors que quatre plaintes sont déposées. Ils jouent la carte de l’essoufflement » s’insurge Jacques Maire, co-secrétaire de Sud Education 84 qui soutient les étudiants. « Faux » répond le préfet, François Burdeyron, qui affirme que les problèmes, notamment d’ordre pédagogique, ont été évoqués (le non passage d’une quinzaine d’élèves en quatrième année, entre autres). Un inspecteur du ministère de la Culture, accompagné d’une représentante de la DRAC se sont d’ailleurs rendus sur place en début de semaine pour enquêter sur le fonctionnement et la gestion de l’école. Leur compte rendu devrait être connu dans une quinzaine de jours et révéler ou non des dysfonctionnements.

Des plaintes gênantes ?

Il est difficile d’obtenir des réponses des figures officielles quant à ces plaintes pour harcèlement sexuel et moral envers le directeur de l’école. Sandra Cattini, Conseillère Arts Plastiques à la DRAC PACA, nous a signifié qu’elle n’avait pas à s’exprimer sur la question puisque « c’est à la justice de faire son travail ». Même discours du côté de François Burdeyron, le préfet du Vaucluse.

Sud Education et les étudiants mobilisés dénoncent, quant à eux, « un silence généralisé » autour de cette affaire. Le directeur administratif de l’ENSA, Didier Herbet nous a affirmé par téléphone au sujet des plaintes « ne pas savoir le contenu ; je ne suis pas au courant, je ne sais pas vraiment ce qu’il se passe. Les plaintes pour harcèlement relèvent du domaine privé, pas du Conseil d’Administration. Moi je n’ai jamais rien vu, maintenant c’est à la justice de faire son travail. Si c’est vrai, c’est terrible, si c’est faux, Jean-Marc Ferrari aura eu raison de porter plainte pour diffamation ».

Des étudiants qui affirment avoir été mal reçu au commissariat

L’affaire continue de s’envenimer : la grogne née il y a quelques semaines contre le système pédagogique de l’ESAA prend ces jours-ci une tout autre ampleur. Outre les plaintes pour harcèlement, les étudiants et le syndicat Sud dénoncent aussi les conditions dans lesquelles ils auraient été reçus au commissariat d’Avignon. Dans un communiqué commun, ils reviennent sur l’évènement : « La première des quatre a pu déposer sa plainte normalement (…) Bizarrement, 45 minutes se sont écoulées avant que la deuxième plaignante soit entendue. Lorsque celle-ci est enfin appelée, le policier refuse très agressivement qu’elle soit accompagnée et lui dit devant témoin que sa plainte n’est pas recevable (…) Pendant que la deuxième plaignante était "cuisinée", le troisième plaignant a été reçu. » Le troisième en question n’est autre que Boris qui a accepté de nous livrer son témoignage : « C’était complétement délirant, le policier m’a dit que je ne pouvais pas porter plainte alors qu’il ne savait même pas le contenu. Il m’a dit que je ne pouvais que déposer une main courante donc on est parti pour que je puisse porter plainte normalement, ailleurs, à la gendarmerie de Remoulins, prise sans souci ». La quatrième personne venue pour déposer plainte l’aurait également fait à Remoulins. Le syndicat Sud n’hésite pas à parler « d’intimidations », Boris, lui, nous avoue « je ne suis pas un adepte de la théorie du complot mais j’ai quand même l’impression qu’on nous empêche de faire des vagues ; j’espère que la police fera son travail ». Nous avons demandé au Commissariat d’Avignon sa version des faits, l’administration nous a fait savoir que le directeur départemental de la Sécurité publique, Jean-Pierre Sola ne souhaitait pas s’exprimer à travers de notre média. Le Préfet de Vaucluse a démenti une quelconque mauvaise prise en charge de la part des policiers.

Les étudiants en colère dégradent leur école

La mobilisation se durcit : dans la nuit de mardi à mercredi, le 27 juin, un tournant plus « radical » a été pris par les étudiants. Des dégradations au sein de l’établissement ont été commises. Le directeur administratif de l’ESAA, Didier Herbet nous a expliqué ce qu’il s’est passé : « Les élèves ont déménagé des meubles pour obstruer la porte d’entrée, ont pris des objets pour en faire des sculptures et fait des inscriptions sur les murs. Ce n’est pas vraiment un préjudice financier mais plutôt moral, surtout qu’ils ont déplacé des œuvres qui étaient en train d’être installées pour une exposition du Festival d’Avignon. Aucune heureusement n’a été abîmée ». Des dégradations que condamnent fermement le préfet du Vaucluse et la Maire d’Avignon. Dans un communiqué, Marie Josée Roig se dit en « colère de voir dégradé un bâtiment public accueillant des étudiants (…) Aucune revendication n’excuse la violence et la détérioration de biens publics. C’est donc avec la plus grande fermeté que je tiens aujourd’hui à dénoncer ces agissements irresponsables totalement indignes d’étudiants ». Nous n’avons pu obtenir par contre sa réaction quant au dépôt des plaintes contre le directeur. De son côté, le syndicat Sud Education 84, par la voix de son co-secrétaire Pierre Jourlin, s’insurge contre le terme de saccage : « Quelques tracts jetés par terre, un tas de chaises et de tables où rien n’a été cassé, des "tags" à la craie ou à la gouache, des poignées de porte soigneusement dévissées et placées ensemble sur une table... Rien n’a été volé ni cassé. » L’affaire est loin d’être terminée. Des actions seront prévues pendant le Festival, notamment lors de la venue du président François Hollande. Une pétition demandant la démission de Jean-Marc Ferrari est également en cours, « signée par plus de la moitié des étudiants » nous affirme le syndicat.

Maud Fontanel



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