Le directeur de l’Ecole d’Art d’Avignon accusé de harcèlement sexuel

mercredi 20 juin 2012
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Le conflit entre une partie des étudiants et le directeur de l’Ecole Supérieure d’Art, Jean-Marc Ferrari, prend une tournure bien plus grave qu’à l’origine. Le mécontentement des élèves était au départ dû à la non-admission de certains d’entre eux en quatrième année, malgré l’obtention de leur diplôme. En organisant la mobilisation et appelant les « anciens » à se prononcer sur des « dysfonctionnements administratifs », le syndicat Sud Education a reçu des témoignages d’un tout autre contenu : des élèves se disent victimes de harcèlement sexuel et moral de la part du directeur.

A voir, les affiches et images de l’occupation de l’école d’art d’Avignon - ESAA, le 18 juin 2012 ...

« Cette colère contre le comportement tyrannique de Ferrari a libéré la parole et brisé la loi du silence ; mais au-delà des manipulations et du favoritisme, les choses nous sont tombées sur la tête : des anciennes élèves nous ont alors envoyé des témoignages de harcèlement, on n’a pas choisi ça, maintenant qu’on l’a découvert et qu’on va le prouver, on ne s’en débarrassera pas ». Jacques Maire, l’un des co-secrétaires du syndicat Sud Education ne s’attendait pas, en soutenant ces étudiants, à de telles révélations. A l’origine, une partie des élèves de l’Ecole d’Art, en colère contre un système qu’ils jugent « chaotique, sans aucune règle », a contacté le syndicat « afin d’avoir des outils pour combattre cette loi du silence ». Ils dénoncent alors « un directeur qui fait ce qu’il veut, quand il veut, au mépris des lois et des individus ». Sud Education décide donc de demander à tous ceux qui le souhaitent d’écrire ce qu’ils vivent ou ont vécu au sein de l’établissement. Des jeunes femmes évoquent alors des paroles et des gestes déplacés. « Tous les jours, on apprend de nouvelles choses » nous explique Karine Rizzo, co-secrétaire également de Sud Education 84, « on reçoit 2 à 3 témoignages par jour depuis une semaine ». Jacques Maire avoue par ailleurs que le syndicat « est vite dépassé par cette histoire puisque nous ne sommes pas des professionnels sur ce thème, on contacte des psychologues qui font de l’aide aux victimes pour mettre en place une cellule de soutien aux étudiants ».

Une plainte contre le directeur devrait être déposée

A l’heure actuelle, le syndicat et les étudiants récoltent des témoignages par écrit : chacun est signé avec le nom de la personne et la photocopie de sa carte d’identité, accompagné d’un texte attestant que la personne s’engage à des poursuites s’il s’agit de faux témoignage. « Aucune plainte n’a encore été déposée mais on cumule ces papiers pour se préparer à se porter partie civile et pour contre-attaquer si Jean-Marc Ferrari porte plainte, comme il l’avait dit, pour diffamation : qu’il le fasse, on est prêt ! » s’exclame Pierre Jourlin, du Sud Education. « Dans les 10 jours, avant le prochain Conseil d’Administration de l’école, au moins une plainte sera déposée, et c’est une des plus graves » ajoute son confrère, « mais ce sera le pot de terre contre le pot de fer : des étudiants et un syndicat contre un notable de la vie culturelle qui a ses entrées partout ». Des élèves dénoncent par ailleurs du harcèlement moral et du chantage : « pour nous faire peur parce que nous sommes mobilisés, le directeur nous fait comprendre que nous n’avons pas encore notre diplôme ». Aujourd’hui, ils demandent la démission de Jean-Marc Ferrari. Sur 150 étudiants, près de la moitié aurait actuellement signé une pétition réclamant son départ. Le syndicat se dit scandalisé et les élèves à bout de force.

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Par voie de communiqué et de presse, le directeur de l’école et son avocat avait évoqué quant à cette gronde « une manipulation des élèves par un syndicat », des propos que réfute en bloc Sud Education « ce serait selon Ferrari un complot de notre part pour déstabiliser la mairie et le projet de déménagement de l’Ecole d’Art mais c’est absurde, ça n’a rien à voir avec la politique ou les élections municipales de 2014 ! On n’a jamais appelé à voter pour un parti » s’insurgent en chœur les représentants, et d’ajouter « ils prétendent que les dénonciations sont anonymes, que c’est l’œuvre d’un corbeau mais c’est complétement faux, tout est accessible sur notre site internet avec toutes les informations ». Les étudiants nous font savoir par ailleurs que Jean-Marc Ferrari serait en congé maladie depuis le 13 juin « pour éviter de répondre ». Nous n’avons pu effectivement avoir le directeur, la secrétaire de l’école nous confirmant qu’il était absent.

Le festival d’Avignon pour se faire entendre

L’une des prochaines actions des étudiants sera l’occupation de l’Ecole d’Art à partir de la semaine prochaine : « l’établissement devient le Foyer du spectateur pendant le festival, il faut enfin qu’on nous entende : sur les dysfonctionnements, le silence est généralisé, la mairie, la DRAC, le ministère, on les a prévenu, aucune réponse. Nos enseignants se taisent aussi ». Le syndicat de son côté attend beaucoup de la nouvelle loi sur le harcèlement sexuel et moral : « il y a urgence, si on nous dépossède de notre corps, que nous reste-il ? Rien ».

Maud Fontanel



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