L’école d’art d’Avignon en ébullition

mercredi 20 juin 2012
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L’affaire qui secoue depuis quinze jours l’école des
beaux-arts d’Avignon a tout d’une boîte de Pandore,
dévidant chaque jour son lot de révélations sur d’éventuelles
irrégularités au sein de l’établissement dirigé depuis dix-huit
ans par Jean-Marc Ferrari.

Tout commence lorsque quinze étudiants en troisième année de licence, auxquels l’accès au master a été refusé par une commission d’orientation
et d’accès en second cycle, s’indignent d’anomalies dans
la procédure. « Cela nous bloque pour toutes les commissions
d’équivalence qui n’ont lieu qu’en septembre, et on ne sait pas
s’il y a encore des places ailleurs. Si on n’obtient pas gain de
cause, on perd tout, c’est la fin de nos études cette année »,
confie Laurent Santi, l’un des étudiants recalés.

Épaulée par le syndicat Sud Éducation et Sud Étudiant Vaucluse,
une délégation d’une dizaine d’élèves, dont certains acceptés en quatrième année, a été reçue le 1er juin par Jean-Marc Ferrari. « Ce qui nous est apparu, c’est que le directeur Ferrari estime qu’une école d’art ne devrait pas fonctionner selon la loi. Indirectement, ça veut dire que l’école d’art doit fonctionner comme il le décide seul.
Lors de cet entretien, il a ouvertement menacé des étudiants. Ce jour-là, il était le directeur dans sa toute-puissance », rapporte Jacques Maire, co-secrétaire de
SUD Éducation pour le Vaucluse.

Ce qui pourrait passer pour une grogne de mauvais perdants a soudain pris une
ampleur inédite.
D’autres dysfonctionnements sont pointés du doigt par le syndicat, comme l’absence de livret d’étudiant pour l’année en cours, l’annulation en octobre dernier des élections - validées pourtant en mai 2011 - des représentants des étudiants au conseil d’administration de l’établissement, ou encore le favoritisme.

Surtout, l’affaire a connu une escalade soudaine avec un déluge de témoignages d’élèves invoquant indélicatesses et gestes déplacés de la part du directeur. Certains faits remonteraient même à 2004. « Notre action a libéré la
parole », explique Laurent Santi. Une parole dont on peut lire des extraits sur le site de Sud Étudiants.
Ainsi le témoignage de Camille P. publié le 15 juin. Celle-ci avait été étudiante de 2008 à 2011 avant d’être renvoyée « sans explications ». Bien qu’ayant obtenu son diplôme de premier cycle, elle fut évincée par une lettre adressée le 15 juillet 2011 par la direction de l’école, sans que cette décision ne soit motivée malgré ses nombreux recours.
Décrivant avec une redoutable précision le dérèglement administratif de l’école, la jeune femme souligne la « façon despotique dont Jean Marc Ferrari gère l’école, au moyen de la terreur et du flou envers les élèves, traités tout au mieux comme des clients. »

Sud Éducation met actuellement les touches finales à quatre dossiers que le syndicat entend déposer en référé suspensif au Tribunal administratif de
Marseille. Treize témoignages de harcèlement seraient déjà formalisés juridiquement.
L’incendie se poursuit aujourd’hui par une occupation de l’établissement par le mouvement étudiant. « On ne se fait pas d’illusions, dans la soirée, la police va
débarquer, soupire Laurent Santi. Mais on veut montrer à Jean-Marc Ferrari que c’est notre école, ce n’est pas la sienne.

Il y a eu un mouvement de contestation en 2008, mais il a été cassé et les contestataires ont fini par quitter l’école. Ce sera différent cette fois-ci. » Une pétition réclamant le départ de Jean-Marc Ferrari aurait récolté quelque 70 signatures auprès des 150 étudiants de l’établissement. « L’école
fonctionne en EPCC et au 30 juin, on arrive à la première année officielle d’exercice. Un conseil d’administration est programmé le 26 juin. On a bon espoir que l’État prenne ses responsabilités », indique Jacques Maire.

De son côté, Jean-Marc Ferrari, qui serait en congé maladie depuis mercredi, n’a pas répondu à nos appels. « Il est effondré, extrêmement abattu de ce qui arrive, confie Emmanuel Tibloux, président de l’Association nationale des directeurs d’écoles d’art. Il y a dans cette affaire quelque chose propre au Sud, de l’ordre de l’hystérie et de l’affolement. Ce qui joue, c’est l’accumulation de plusieurs facteurs d’instabilité qui font tout vaciller. Il y a le contexte de la réforme des écoles d’art, qui produit partout plus ou moins de crises dans les établissements. S’ajoute à cela le contexte avignonnais extrêmement compliqué, l’affaire avec la collection Lambert, le déménagement qui est prévu, le fait que ce soit un petit établissement, la fusion éventuelle avec l’école d’art de Marseille. La situation en PACA est compliquée et il y a plein de foyers d’embrasement potentiel. La procédure de la commission existe dans toutes les écoles et suscite toujours des réactions plus ou moins violentes, plus ou moins procédurières de la part des étudiants.
J’ai l’impression que ces dernières années Jean-Marc Ferrari a voulu projeter l’école dans une autre dimension, de construire une meilleure école, et que ce genre de dynamique suscite des réticences.
Avignon n’a pas produit depuis longtemps de bons artistes. » ❚

Un article de Roxana Azimi, paru dans "le quotidien de l’art" - numéro 171 - lundi 18 juin 2012


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