Quand Guéant parle de "civilisations" inégales, il fait du Le Pen

jeudi 15 mars 2012
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Les "civilisations" ne seraient pas égales, elles ne seraient pas toutes au même "niveau". Les propos de Guéant sont révoltants, extrêmement choquants. Le ministre de l’Intérieur fait du Le Pen, et ce n’est pas la première fois. Il est grand temps de changer de gouvernants.

À moins de 80 jours du premier tour de la présidentielle, le discours politique s’intensifie. Mais au lieu de s’enrichir, d’élaborer un programme solide, un socle d’idées progressives, afin de présenter des propositions concrètes, le discours s’appauvrit intellectuellement pour se vautrer dans un marasme de conneries dont la cible est inévitablement "l’étranger".

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Claude Guéant et Nicolas Sarkozy le 15 décembre 2011 lors d’une commémoration à Bourges (M. EULER/AFP)

La réaction du père Le Pen, interrogé sur le plateau de JT de "France 3", à propos du succès d’"Intouchables" en est un exemple flagrant.

Mais c’est sans compter notre petite souris qui se faufile partout, j’ai nommé twitter, pour l’Oscar de la meilleure fouine politique de l’année 2011. Et probablement des années à venir. Une performance exceptionnelle, de l’avis de tous les journalistes.

Guéant dérape et imite Le Pen

Ça c’est passé lors d’un colloque à l’Assemblée nationale, hier soir, organisé par les étudiants de l’UNI. Claude Guéant, notre cher ministre de l’Intérieur, a délivré un "discours philosophique". Mais à défaut d’être soporifique,il a eu la bonne idée de déclarer que toutes les civilisations ne se valaient pas.

Il est grand temps de changer de gouvernement. Entre Marine Le Pen et lui, difficile de se dire qu’il y a une différence. Foutez-nous le Front national dès maintenant. Peut-être qu’une fois au pouvoir, ils seront moins extrémistes que dans l’opposition.

En deux clics, cette phrase est reprise, twittée, partagée, encadrée et clouée au mur à vie. Je peux vous dire déjà qu’elle figurera dans les "Y’a bon Awards" dans la "catégorie phrase-raciste-sous-couvert-de-discours-philosophique. De la branlette intellectuelle pour étudiants de droite.

Entre indignation et colère

La blogosphère s’est embrasée, et les internautes se sont dit choqués et "indignés". Permettez-moi une petite rectification terminologique sur ce terme. L’indignation ne sert à rien, sauf à faire la grimace vite fait. Et pourtant c’est le mot à la mode.

Ce qui est inacceptable, c’est justement l’indignation. Ça ne sert à rien, à part se rouler les pouces. C’est d’ailleurs pour cela que le terme d’"indignés" dans la bouche de Stephane Hessel, repris par tous ces mouvements très courageux, me désole. Ce ne sont pas des "indignés", ce sont les nouveaux idéalistes des temps modernes qui mettent en branle la fin de nos systèmes défaillants. Ils vont beaucoup plus loin que la simple indignation. Ils tentent de changer quelque chose à cette société qui se prélasse dans sa putréfaction.

Quant Guéant affirme que "toutes les civilisations ne se valent pas", ce n’est pas de l’indignation qu’il faut ressentir. Il faut condamner ces propos, les dénoncer, et mettre en évidence toutes les incohérences de cet homme.

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Marine Le Pen lors d’un meeting le 31 janvier 2012 à Paris (B. GUAY/AFP)

Guéant n’en est pas à son premier fait d’armes

Tout aussi vite, elle fut reprise par tous les grands médias. Evidemment, il s’agissait d’un rassemblement organisé par l’UNI, donc il ne fallait pas s’attendre à un autre discours. L’UNI est à l’UMP ce que l’UNEF est au parti socialiste. Pour avoir côtoyé les deux pendant mes années de fac, je peux vous dire que l’UNI, c’est un syndicat étudiant loin d’être tendre avec les gens qui ne partagent pas leurs idées. Les jeunes pop’, c’est des Bisounours à coté.

Ce rassemblement de l’UNI (une organisation qui compte près de 5.000 militants dans les universités) portait comme slogan : "Vaincre pour la France". Mais vaincre quoi ? La violence du slogan souligne la pensée cloisonnée de ces hommes-là. On est pas loin du Kärcher de Sarkozy. Personnellement, quand je vois le mot "vaincre", j’ai automatiquement en tête des slogans du type "vaincre la mucoviscidose" et je me dis que, selon Guéant, certaines personnes sont le virus de la France.

Le discours de Guéant fut aussitôt balancé à toutes les rédactions. Claude Guéant nous pousse à "protéger notre civilisation". Il s’en prend ouvertement à la gauche, cible de ces propos : "Contrairement à ce que dit l’idéologie relativiste de gauche, pour nous, toutes les civilisations ne se valent pas."

Des propos peu rassurants lorsqu’on sait que Guéant est aussi chargé de l’immigration, qu’il vient de nous pondre en mai dernier une circulaire interdisant les étudiants étrangers à travailler en France, qu’il estime que "les deux tiers des échecs scolaires, c’est l’échec d’enfants d’immigrés" ou bien encore que l’augmentation du nombre de musulmans posait un "problème".

Toujours concernant les "civilisations", il a ajouté que "celles qui défendent l’humanité nous paraissent plus avancées que celles qui la nient". Selon lui, "celles qui défendent la liberté, l’égalité et la fraternité, nous paraissent supérieures à celles qui acceptent la tyrannie, la minorité des femmes, la haine sociale ou ethnique".

Arrêtons de stigmatiser les autres ! Et quels autres d’ailleurs ?

"Cette phrase a été prononcée à l’occasion d’un discours absolument républicain dont tout l’enjeu était de condamner les civilisations qui ne respectent pas la liberté de conscience, la liberté d’expression et l’égalité entre les hommes et les femmes", a fait valoir auprès de l’AFP l’entourage du ministre.

Rien à redire là-dessus. Évidemment, ce n’est pas bien de frapper les femmes, de faire exploser des bombes, de censurer la presse. Il a tout bon le Guéant. Sauf qu’avant de stigmatiser les uns (mais qui ? c’est la question à 1 million !), il devrait se regarder le nombril, analyser les comportements au sein de son propre gouvernement, et essayer de gagner ces batailles dans son pays avant tout.

Oui, la France, ce n’est pas l’Iran. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de problèmes chez nous. On peut même reprendre les termes de Guéant et s’interroger sur la question de la "minorité des femmes" au sein-même de l’UMP, qui préfère payer des amendes plutôt que de mettre des nanas sur ses listes électorales.

Pour finir, et parce que la polémique ne fait que commencer, j’aimerais rappeler cette magnifique phrase de Brice Hortefeux, le 15 janvier 2009, qui a dit en parlant de Fadela Amara (à l’époque secrétaire d’Etat à l’Intégration) : "comme ce n’est pas forcément évident, je le précise…"

On a le gouvernement qu’on mérite, paraît-il... Il serait donc temps qu’on en change, parce qu’à mon avis, on mérite mieux.

Par Hela Khamarou Observatrice politique



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