17 octobre 2011 - 17 octobre1961 : Monsieur le Président, il faut revisiter l’histoire

3 morts selon la version officielle, plus de 200 selon nombre d’historiens ...
lundi 17 octobre 2011
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Le FLN décide de riposter au couvre-feu en organisant une manifestation

Tout de suite après l’établissement du couvre-feu, le responsable parisien Zouaoui envoie au comité fédéral un rapport : il y mentionne le couvre-feu et la dureté de la répression engagée par Papon. Il préconise des actions nocturnes rassemblant hommes, femmes et enfants. Après avoir consulté en Belgique, le 10 octobre, les hommes de terrain, Zouaoui, Saddek et Omar Ouhadj, syndicaliste de l’AGTA (Amicale générale des travailleurs algériens), le comité fédéral conduit par Omar Boudaoud se réunit à Cologne et fournit des instructions détaillées pour une série d’actions articulé en trois phases. Le 14 octobre, Zouaoui transmet à son tour son plan d’actions détaillé au comité fédéral : Action de masse dans la soirée du mardi 17 octobre, grève des cafés, commerces et hôtels le 18 et manifestation de femmes et d’enfants le 20.

Le mot d’ordre est donné aux militants qui ne doivent le communiquer à la base que dans la journée même du 17 octobre pour que la police soit au courant le plus tard possible. Tous les Algériens, hommes, femmes et enfants doivent participer à la manifestation. Le port d’armes est absolument interdit. Les hommes seuls et les familles ont pour mission d’atteindre à 20h30 un certain nombre de lieux sur les principaux boulevards et places de la capitale. La participation à la manifestation revêt un caractère obligatoire pour les populations contrôlées par le FLN, ce qui n’empêche pas que par sympathie la majorité des manifestants penche du côté du FLN.

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Mise en place du dispositif de police

Ce n’est que dans la journée du 17 que l’information parvient au cabinet de Papon. À 16h20, tous les services de la préfecture de police reçoivent un télégramme informant que « Le FLN ordonne à tous les FMA de sortir ce soir 17 octobre en fin d’après-midi et en soirée sur les grands axes de la capitale [...] afin de manifester pacifiquement contre les récentes mesures préfectorales ». Consigne est donnée dans ce même télégramme d’appréhender les manifestants, de conduire les hommes au Palais des sports, les femmes et les enfants devant être conduits au poste de police de la rue Thorel, dans le IIe arrondissement26. Pour faire face à la manifestation, la préfecture mobilise 716 hommes de la police municipale, 662 hommes de la Gendarmerie mobile et 280 CRS, soit au total 1658 hommes, à peine quelques sections de plus que pour les journées de monômes du Bac, remarque Jean-Paul Brunet qui verra dans cette faiblesse des effectifs l’un des facteurs ayant conduit à la violence, ce qui n’est pas le point de vue de House et MacMaster.

La tension des policiers est extrême. Sur les fréquences districts utilisée par la police et que peuvent capter les policiers qui rejoignent dans leurs cars leurs lieux d’affectation, circulent des rumeurs signalant que cinq policiers ont déjà été tués par les Algériens.

La manifestation du 17 octobre

Les différents historiens ayant travaillé sur cette journée du 17 octobre, Jean-Luc Einaudi, Jean-Paul Brunet et les britanniques Jim House et Neil MacMaster font ressortir que la répression policière de la manifestation sera d’une violence extrême, causant des dizaines de morts parmi les manifestants algériens.

Le FLN avait prévu de concentrer la manifestation sur trois grands secteurs, zone de l’Étoile pour les Algériens de la banlieue ouest, les boulevards Saint-Michel et Saint-Germain pour ceux de la banlieue sud et enfin les Grands boulevards pour ceux de la banlieue nord et nord-est. Le 17 octobre, il pleut en fin d’après-midi. Entre 20 000 et 30 000 Algériens, hommes, femmes et enfants, vêtus de l’habit du dimanche pour témoigner de leur volonté de dignité, commencent à se diriger vers les points de regroupements.

Une colonne de 10 000 personnes en provenance des bidonvilles de la banlieue ouest : Nanterre, Bezons, Courbevoie, Colombes et Puteaux, se rassemble au rond-point de la Défense et se dirige vers le Pont de Neuilly en vue de gagner le secteur de l’Étoile. Cette colonne est bloquée au pont de Neuilly où est installée une section de la FPA, sept hommes du commissariat de Puteaux et ultérieurement une section d’une compagnie d’intervention, soit en tout 65 hommes. C’est ici, au Pont de Neuilly que se déroule un des affrontements majeurs de la soirée. Jusqu’à 19 heures, la police arrive à faire face et à diriger au fur et à mesure des arrivées 500 Algériens vers le commissariat de Puteaux. Lorsque des milliers de manifestants sont au contact des policiers, ceux-ci doivent faire usage de leurs « bidules », ces longs bâtons en bois dur de 85 cm de long. Une cinquantaine de manifestants arrivent quand même à passer. Des coups de feu sont tirés. D’après Brunet, ce sont sans doute les « chocquistes » du FLN qui auraient tiré en l’air les premiers coups de feu pour provoquer un affrontement36. D’après House et MacMaster, c’est plus vraisemblablement la police car aucun policier n’a été touché. Que les policiers aient tiré et qu’ils se soient livrés à des actes d’une violence extrême n’est pas contesté. Qu’il y ait eu des morts dans ce secteur, que durant toute la nuit des hommes aient pu être jetés dans la Seine depuis les ponts de Neuilly, d’Argenteuil ou d’Asnières ne l’est pas non plus.

D’autres manifestants ont pu joindre le secteur de l’Étoile par le métro, mais de nombreux cars de police se tiennent prêts à recevoir les Algériens qui sortent des bouches de métro pour les diriger vers les centres d’internement. Plus de 2 500 Algériens sont appréhendés dans ce secteur où les violences restent à un niveau modeste. Il en est de même dans les secteurs de la Concorde et dans une moindre mesure, de l’Opéra où 2 000 manifestants sont conduits aux centres d’identification.

Par contraste, les incidents du secteur des Grands Boulevards sont particulièrement violents et sanglants. Les Algériens avaient pu réussir leur rassemblement place de la République. Ils brandissent des drapeaux et écharpes aux couleurs vertes et blanches du FLN et scandent les slogans « Algérie algérienne », « Libérez Ben Bella ». Ils se heurtent à deux compagnies de CRS devant le cinéma Rex. Des coups de feu partent d’un car de police transportant des interpellés vers le commissariat de la rue Thorel et qui est bloqué par des manifestants. Après les événements, l’état de la voie publique sera comparable à celui du Pont de Neuilly : débris de verre, chaussures perdues, flaques de sang, nombreux blessés gisant sur le trottoir.

Le troisième secteur d’affrontements violents est celui du secteur Saint-Michel Saint-Germain, à proximité de la préfecture de police dans la cour de laquelle les cars de la police déversent des flots de manifestants interpellés, plus d’un millier au total. Dans la rue, les forces de police encerclent les manifestants qu’ils chargent et frappent. Pour échapper aux coups des policiers, certains préfèrent se jeter du Pont Saint-Michel. Des échauffourées se prolongent jusqu’à 22h30 boulevard Saint-Germain et dans le secteur de Saint-Sulpice où des coups de feu sont tirés.

La nuit du 17 au 18 octobre dans les centres d’identification

Entre 17h et minuit, une noria incessante de cars de police et d’autobus réquisitionnés débarquent entre 6 000 et 7 000 algériens au Palais des sports de la porte de Versailles. Au cours de ces transports, les corps sont parfois empilés les uns sur les autres. Après une heure du matin, les 32 derniers cars, contenant 2 623 « FMA » (Français musulmans d’Algérie, selon la dénomination de l’époque) sont dirigés vers le Stade de Coubertin. Des centaines de manifestants blessés ont été dirigés sur des hôpitaux. Dans cinq hôpitaux seulement, on compte 260 blessés hospitalisés. Jean-Paul Brunet note que sur ces 260 blessés, 88 sont entrés entre le 19 et le 21, ce qui témoignerait de la persistance des brutalités policières bien au-delà de la nuit du 17 octobre. Parmi les policiers, une dizaine a été conduite à la Maison de santé des gardiens de la paix pour des blessures légères. Certains des blessés hospitalisés viennent du Palais des sports où les 150 policiers qui assurent la garde des détenus se livrent à des brutalités dont le syndicaliste policier Gérard Monate dira dans les semaines suivantes « ...d’après ce que nous savons, il y a eu une trentaine de cas absolument indéfendables ». Tous les internés ne sont pas systématiquement frappés au Palais des sports, mais des sévices sont également exercés avant l’arrivée, dans les commissariats ou pendant les transports. Jean-Luc Einaudi a recueilli nombre de témoignages d’appelés du contingent affectés au service sanitaire, d’assistantes sociales et même de certains policiers décrivant la « vision d’horreur » qui les a saisis à l’entrée du Palais des sports ou du Stade de Coubertin45. Les sévices sur les détenus se poursuivent jusqu’au 20 octobre où la salle de spectacle doit être libérée pour un concert de Ray Charles.

Dans la cour de la préfecture de police de l’île de la Cité les 1 200 détenus sont reçus par des « comités d’accueil ». Vingt blessés graves, souvent victimes de traumatisme crânien doivent être évacués vers l’Hôtel-Dieu et d’autres hôpitaux.

La journée du 18 octobre et les jours suivants

Le FLN avait prévu une grève générale des commerçants nord-africains et une nouvelle manifestation sur la voie publique, mais il ne bénéficie plus de l’effet de surprise. À 12h30, 60 % des quelque 1 400 commerces concernés sont effectivement fermés et les simples admonestations policières restent sans effet. Il faut attendre 17 heures pour qu’un ordre soit donné d’arrêter les commerçants grévistes. 79 commerçants sont effectivement arrêtés et la menace est assez efficace pour faire rouvrir les commerces à partir de 18h30.

Pour les manifestations de la soirée, l’encadrement du FLN est considérablement affaibli par les arrestations de la veille, alors que la police a mobilisé 3 000 hommes, substantiellement plus que les 1 658 de la veille. La préfecture de police a fait le choix, ce soir là, de privilégier la dispersion énergique aux arrestations massives. Les 1 856 arrestations du 18 octobre s’ajouteront quand même aux 11 518 de la veille. Dans ces conditions, les seules véritables manifestations rassemblant quelques milliers de personnes se déroulent en banlieue, à Nanterre et à Colombes48. À Nanterre, un véhicule de police est atteint par une balle. Les policiers ripostent faisant huit blessés.

Le dénombrement des morts

En 2006, House et MacMaster notent que la question du nombre exact d’Algériens tués par les forces de l’ordre reste la question la plus ardemment débattue, les deux protagonistes de cette bataille de chiffres étant Jean-Luc Einaudi et Jean-Paul Brunet. Les auteurs britanniques qualifient de minimalistes l’estimation de Brunet, de 30 à 50 morts pour le 17 octobre et les journées alors que des commentateurs du livre d’Einaudi croient comprendre de son ouvrage La Bataille de Paris que les policiers ont fait ce soir-là plus de 200 morts. Les historiens britanniques précisent que dans la liste d’Einaudi des 246 victimes pour lesquelles la date du décès est connue, 141 décès ont été enregistrés avant le 17 octobre. Les chiffres de Brunet et d’Einaudi couramment cités ne concernent donc pas la même période. Brunet avait mis ce point en évidence en 2003 et dénonçait également dans l’exploitation de cette affaire un « mythe forgé pour les besoins d’une cause militante ».

Il n’en reste pas moins qu’une fois ces questions de périodes considérées éclaircies, des divergences subsistent, notamment pour désigner les meurtriers des 109 décès d’Algériens enregistrés à l’automne 1961. Brunet a imputé un grand nombre de ces victimes au FLN, alors qu’en gros, House et MacMaster se rangent du côté d’Einaudi en imputant l’essentiel de ces décès aux violences policières. Paul Thibaud estime qu’ « Einaudi entasse les pièces d’un réquisitoire alors que Brunet essaie d’écrire une histoire » ; ainsi, « beaucoup des résumés d’enquête qu’Einaudi nous livre ne permettent pas de savoir qui a tué » mais, suivant un « choix global et politique », Einaudi met les décès au compte de la police afin d’exonérer le FLN « des visées totalitaires » que lui attribue Brunet.

Un autre aspect du débat sur le nombre de victimes concerne la possibilité que des corps n’aient pas été retrouvés et n’aient pas été enregistrés à l’Institut médico-légal. Pour Brunet, la culture policière rejette toute dissimulation de cadavres. Pour House et MacMaster, il est également probable que « certains corps ont été enterrés en secret plutôt que d’être remis aux autorités françaises tant redoutées ». Brunet rejette cette possibilité : « hormis peut-être quelques cas extrêmes, on voit mal comment dans un pays démocratique cette éventualité aurait pu se produire et comment, après presque un demi-siècle, des restes humains n’aient pas été retrouvés. »

Les réactions de la presse

Dans la nuit du 17 au 18 octobre, Papon publie un communiqué de presse selon lequel la police a dispersé une manifestation à laquelle les Algériens ont été contraints de participer sous la menace du FLN. Toujours selon le communiqué, la police sur laquelle des coups de feu avaient été tirés avait dû répliquer, faisant deux morts et plusieurs blessés chez les manifestants. Il est également fait état de l’hospitalisation d’une douzaine d’officiers de police et du prochain renvoi en Algérie de tous les manifestants arrêtés.

Nombreux avaient été les journalistes à couvrir la manifestation du 17, mais la censure de la presse en vigueur pendant la guerre incitant à la prudence, c’est ce point de vue officiel que reflète la presse quotidienne le 18 au matin, mais dès le 19, les journaux publient une version plus détaillée des évènements. De nombreux journalistes se rendent dans les bidonvilles de la banlieue parisienne et y découvrent les signes de la violence policière qui a sévi non seulement le 17 octobre, mais aussi la période précédente.

Si L’Humanité et Libération réfuteront nettement le bilan gouvernemental, même Le Figaro publie des articles sur les exactions commises par la police, évoquant par exemple des « scènes de violence à froid » dans les centres d’internement. Le Monde rendra également compte de ces conditions de détention exécrables et de l’invraisemblance des annonces officielles, mais dans l’ensemble, la presse populaire, le Parisien libéré, L’Aurore, Paris Match reproduisent la version officielle à laquelle va adhérer tout naturellement la majorité de la population française.

Le numéro de Témoignage chrétien daté du 27 octobre. consacrera un dossier complet au massacre des Algériens, avec un éditorial d’Hervé Bourges et le témoignage et les photos d’Élie Kagan. D’autres photos de ce dernier paraîtront dans le journal de gauche France Observateur. La radio, en revanche, ne révèle pas les événements et la télévision française raille la presse américaine, accusée d’avoir affirmé que « la Seine charriait des cadavres d’Algériens ». L’ensemble des revues de gauche, L’Express, Esprit, Les Temps modernes, au sujet de la violence de la semaine du 17 au 20 octobre, souligne à quel point la répression en France ressemble à ce qui se passe en Algérie.

Le 26 octobre, Georges Montaron, directeur de Témoignage chrétien, Claude Bourdet, directeur de France Observateur, Emmanuel d’Astier de la Vigerie, directeur de Libération, le RP Avril, directeur de Télérama, le Pasteur Lochard, Jean-Marie Domenach, directeur de la revue Esprit, Jean Schaeffert et André Souquière, organisent à la Mutualité, un meeting pour « protester contre les violences policières et la répression de la manifestation du 17 octobre 61 à Paris. »

Les réactions des parlementaires

À la fin du mois d’octobre, Maurice Papon et le ministre de l’intérieur Roger Frey doivent faire face à un feu roulant de questions embarrassantes, d’abord au conseil municipal de la ville de Paris le 27, puis à l’Assemblée nationale le 30 et enfin au Sénat le 31. Au conseil municipal de Paris, Claude Bourdet demande s’il est vrai qu’aucun policier n’a été blessé par balle, que des rumeurs faisant état de morts de policiers se sont propagées la soirée du 17, sur les ondes de la police, que 50 Algériens ont été tués dans la cour de la préfecture et s’il est vrai, enfin que 150 cadavres ont été repêchés dans la Seine58. Papon répond : « la police parisienne a fait ce qu’elle devait faire ». La demande de Claude Bourdet de constitution d’une commission d’enquête est rejetée par 43 voix contre 39. À l’Assemblée nationale, c’est le député Eugène Claudius-Petit, de sensibilité Centre-gauche qui lance une attaque féroce contre la police mettant en évidence les incohérences de la version du ministre de l’intérieur. Il lance dans l’hémicycle : « la bête hideuse du racisme est lachée » Au Sénat, c’est le socialiste Gaston Defferre qui lance l’attaque, se basant sur un dossier préparé par Hervé Bourges. Frey répond en défendant les policiers, victimes des terroristes et maintenant en butte à des « rumeurs odieuses » et à une campagne de « dénigrement ». Il ne peut refuser la création d’une commission d’enquête, mais la veille du débat au Sénat, des informations judiciaires sur les mort de 27 Algériens avaient été ouvertes et le 30 novembre Frey se retranchera devant la loi qui interdit la constitution de commissions d’enquête pour les affaires traitées par la justice pour déclarer qu’il était délié de son engagement avec Defferre.

La position du gouvernement

On sait très peu de choses sur les réactions aux évènements d’octobre au plus haut niveau du pouvoir. Ni de Gaulle ni ses ministres ne font mention des évènements dans leurs mémoires ou dans des confidences recueillies par tel ou tel61. House et MacMaster discutent de la situation paradoxale qui voit l’apogée de la violence au moment où les deux parties, gouvernement français et GPRA entrent dans la phase finale des négociations. L’une des explications est que chacune de deux parties a précisément intérêt à négocier en position de force.

Pour le GPRA, à la tête duquel le libéral Ferhat Abbas est remplacé le 27 août par Ben Khedda perçu comme plus intransigeant, il importe que des manifestations de masse démontrent sa popularité en même temps que le caractère pacifique des manifestations doit rassurer l’opinion publique et apaiser l’inquiétude des Pieds-Noirs sur l’avenir qui les attend dans une Algérie indépendante.

De Gaulle a également intérêt à lancer des messages tour à tour intransigeants et conciliants. Entre 1958 où il est poussé au pouvoir par les partisans de l’Algérie Française et les Accords d’Évian qui scelleront le sort d’une Algérie indépendante en mars 1962, il doit accompagner chaque nouveau pas vers l’indépendance par une attitude de fermeté destinée à calmer les partisans de l’Algérie française61. Cette même démarche le conduit, le 18 août, à refuser la démission du premier ministre Michel Debré, farouche partisan de l’Algérie française, mais en contrepartie, il lui laisse la plus grande liberté dans la conduite de la bataille contre le FLN, à commencer par le renvoi du garde des sceaux Edmond Michelet qui ouvre la voie à des méthodes plus musclées61. Debré s’accroche alors à l’espoir que les négociations puissent se faire avec une force plus modérée. Son conseiller Constantin Melnik avait créé le FAAD (Front algérien d’action démocratique) en juillet 1960, expérience qui ne sera abandonnée sur ordre de de Gaulle que le 20 octobre à la veille de la reprise des négociations avec le GPRA. D’après House et MacMaster, c’est pour mettre la pression sur le FLN de juillet à octobre 1961 que de Gaulle donne à Debré et ses proches suffisamment de liberté pour mettre en œuvre une stratégie d’intransigeance et l’extrême violence antialgérienne qui se déchaîne au cours des mois de septembre et d’octobre 1961 est moins le fait d’extrémistes incontrôlables au sein de la police que l’instrument d’une politique élaborée par le gouvernement61.

Le 28 octobre lorsque les émissaires français et algériens se rencontrent à nouveau à Bâle, les dirigeants français comme ceux du FLN reconnaissent implicitement qu’il est dans leur intérêt mutuel d’oublier les évènements sanglants du 17 octobre pour pouvoir passer à autre chose. House et MacMaster citent Malek, l’un des négociateurs algériens qui observe que le GPRA interprète le 17 octobre comme une « démarche classique de tout pouvoir établi d’accroître la pression sur l’ennemi au moment même où l’on s’apprête à négocier avec lui ».

Vers l’oubli

Aux journées des 17 et 18 octobre vont succéder d’autres tueries, elles aussi liés à la guerre d’Algérie : 74 Algériens sont abattus par la police et par l’armée au cours des manifestations de célébration du 7e anniversaire du soulèvement du 1er novembre 1954.

Dès la deuxième semaine de novembre, malgré les informations sur les corps repêchés dans la Seine et les débats sur la possible création d’une commission d’enquête parlementaire, L’Humanité, Libération et Le Monde sont les seuls à continuer à s’intéresser à la répression policière du 17 octobre qui ne bouleverse pas la gauche et ne supprime pas sa division. Un rapprochement des diverses forces de gauche ne se produira que quelques semaines plus tard pour protester contre la menace de l’Organisation armée secrète. Dans l’espace mémoriel de la gauche, la tuerie du 8 février 1962 lors de l’ Affaire de la station de métro Charonne prendra le dessus sur les évènements d’octobre. D’autres violences liées à la fin de la guerre d’Algérie comme les provocations de l’OAS, la fusillade de la rue d’Isly le 26 mars 1962, les représailles contre les pieds-noirs et enfin l’assassinat de plusieurs dizaines de milliers de harkis ont conduit à effacer quelque peu dans les mémoires le souvenir d’octobre 1961.

Tiré de Wikipédia



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