A Tunis, rencontrer Mme Alliot-Marie peut provoquer une grève ... puis une démission !

dimanche 13 février 2011
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Le ministre des affaires étrangères tunisien,Ahmed Ouneies, à peine nommé, est accusé de "véritables courbettes pleines de contre-vérités dignes d’une dictature bananière"

SA PREMIÈRE VISITE à l’étranger, le ministre des affaires étrangères tunisien, à peine nommé, l’avait réservé à la France.

Ahmed Ouneies a ainsi rencontré le 4 février à Paris son homologue française, Michèle Alliot-Marie, pas mécontente de s’afficher en compagnie d’un représentant du nouveau gouvernement tunisien.

Plongée au cœur d’une polémique sur ses vacances passées en Tunisie alors en pleine révolution, et son trajet dans l’avion privé d’un associé du clan présidentiel, la ministre française espérait « dissiper les malentendus ».
De son côté, enthousiaste, le diplomate tunisien s’était laissé aller à livrer ses impressions :
« Parler à côté de Michèle Alliot-Marie, c’est pour moi un honneur, c’était peut-être un petit rêve que je faisais, et que l’histoire ou l’accélération de l’histoire m’a permis de réaliser »
,avait-ildéclaré,ajoutant : « J’aime écouter Michèle Alliot-Marie en toutes circonstances et dans toutes les tribunes. »

Mal lui en a pris.

Furieux de ces propos, près de 300 fonctionnaires de son administration se sont mis en grève et ont chassé le ministre de son bureau à son retour à Tunis. En visite, mardi 8 février, le secrétaire britannique au Foreign Office, William Hague, premier responsable occidental à se rendre sur place depuis le renversement de Zine El-Abidine Ben Ali, n’a pu rencontrer M. Ouneies. Les employés du ministère, qui continuent leur grève, réclament sa démission. Nommé le 27 janvier dans le gouvernement tunisien de transition, ce diplomate de 75 ans bénéficie pourtant d’une bonne réputation. Licencié en philosophie de l’université de la Sorbonne à Paris, il a été successivement ambassadeur auprès des Nations unies, à New Delhi, à Moscou, et avait pris sa retraite en 1996 avant d’être rappelé après la chute de l’ancien régime.

« Véritables courbettes pleines de contre-vérités dignes d’une dictature bananière »

Ses détracteurs, aujourd’hui, ne lui pardonnent pas ses éloges.
« Je sais que vous êtes avant tout une amie de la Tunisie, parce que la France est l’amie de la démocratie, la France est l’amie des libertés, et donc Michèle Alliot-Marie, au nom de a France, est l’amie de la Tunisie d’aujourd’hui, qui aspire à enraciner la démocratie dans ses institutions », avait-il lancé, parlant du « réconfort » que la Tunisie a trouvé « chez ses amis français (…) dès l’amorce de son nouvel engagement, et d’abord chez Michèle Alliot-Marie ».

Dans un communiqué , le Comité pour le respect des libertés et des droits de l’homme en Tunisie (CRLD-HT) a ajouté sa voix aux critiques, accusant le ministre de s’être livré à de
« véritables courbettes pleines de contre-vérités dignes d’une dictature bananière ».

Le diplomate tunisien a aggravé sa situation à Bruxelles. Lors d’une conférence de presse avec Catherine Ashton, haute-représentante de l’Union Européenne pour la politique étrangère, il a comparé le régime de Ben Ali à une « parenthèse despotique » et affirmé « qu’avec les derniers événements qui ont précipité le départ de Ben Ali, la Tunisie a achevé une course qui n’a rien à voir avec une révolution »
.

Un article de Isabelle Mandraud, édition papier du journal Le Monde du 10 février 2011 ..

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Et la suite !!! ...

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Le ministre tunisien des Affaires étrangères démissionne

Ahmed Ounaïes n’avait quasiment pas repris ses fonctions depuis son retour d’une visite en France le 4 février. Il avait été chahuté pour avoir salué, en Michèle Alliot-Marie, « avant tout une amie de la Tunisie ».

Le chef controversé de la diplomatie tunisienne, Ahmed Ounaïes, a présenté, ce dimanche, sa démission du gouvernement de transition alors qu’il n’avait quasiment pas repris ses fonctions depuis une visite en France.

« Dans un communiqué du ministère des Affaires étrangères Ahmed Ounaïes a présenté aujourd’hui sa démission du gouvernement de transition », indique l’agence officielle TAP.

Cet ancien ambassadeur à la retraite, âgé de 75 ans, avait intégré le gouvernement de transition remanié le 27 janvier par le Premier ministre, Mohamed Ghannouchi.

Dans le premier gouvernement d’union nationale du 17 janvier, il avait été nommé secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères. Il n’avait quasiment pas repris ses fonctions depuis son retour d’une visite en France le 4 février, selon des sources diplomatiques.

Cet indépendant avait été chahuté, le 7 février, par des fonctionnaires des Affaires étrangères qui manifestaient devant et dans l’enceinte de son ministère en réclamant son départ immédiat après ses propos tenus à Paris. Il avait alors pris ses affaires et quitté le ministère.

En France, il avait salué en son homologue, Michèle Alliot-Marie, « avant tout une amie de la Tunisie », alors que celle-ci était sommée, au même moment, de s’expliquer pour avoir bénéficié des largesses d’un grand patron tunisien lié en affaires avec le clan Ben Ali. Elle avait aussi proposé au régime vacillant de Ben Ali le « savoir-faire » des policiers français, alors que la répression battait son plein.

Un article du 13 février sur liberation.fr ...


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