Etats-Unis - Après le scandale des subprimes, voici celui des prêts étudiants !

mercredi 26 janvier 2011
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Les études supérieures ont toujours posé des problèmes financiers aux familles des classes moyennes aux Etats-Unis, qui devaient constituer un pécule pour aider à couvrir les frais de scolarité très élevés dans les universités. Frais de scolarité, mais également logement, nourriture, argent de poche, etc.

Il s’agissait donc, pour l’étudiant-e, outre l’utilisation éventuelle des économies parentales, de contracter un prêt et de se trouver un petit boulot sur place. Et d’utiliser sa carte de crédit.
Mais parents et enfants étaient éventuellement prêts à faire le sacrifice, sachant que c’était la porte ouverte à des emplois rémunérateurs, ce qui permettrait de rembourser tant bien que mal les échéances dans un délai relativement raisonnable.
Ce n’était pas la panacée, certes, c’était même scandaleux, puisque les études supérieures obligeaient un grand nombre d’étudiant-e-s à entrer dans la vie active avec, d’emblée, des dettes à rembourser.

Oui, mais voilà, il y a toujours pire dans le monde des rapaces de l’ultralibéralie.

De même que les banques et autres organismes de prêts ont réalisé des opérations juteuses en octroyant des prêts immobiliers à des personnes qui ne pourraient, de toute évidence, pas rembourser, ce qui a conduit à la crise des subprimes, voilà qu’ils récidivent éhontément avec les prêts étudiants, qui mènent tout droit une grande partie des emprunteurs à la servitude pour dettes.

Mais voyons ce qu’en dit Stephen Lendman dans l’article (traduit en partie) "Permanent Debt Bondage from America s Student Loan Racket", publié dans Dissident Voice, le 6 janvier 2011

Servitude pour dettes à vie grâce au racket des prêts étudiants aux Etats-Unis

Un article paru précédemment comparait les années 50 et aujourd’hui, disant :
"C’était une époque différente, meilleure par certains côtés et moins bien par d’autres.

Elu en 1952, Eisenhower est encore président.

Le taux de chômage est bas. Tous ceux qui cherchent du travail en trouvent.
Au cours de ces années d’après-guerre prolongé, l’économie du pays est en plein essor. Il y a peu d’inflation. Une voiture neuve modèle courant coûte 1500 dollars, une maison standard 10.000.
Poursuivre des études universitaires est abordable. Les frais de scolarité pour une année pleine à Harvard s’élèvent en 1952 à 600 dollars. Quatre années d’études coûtent 1000 dollars – pour une année pleine de deux semestres. A l’époque, aussi étonnant que cela puisse paraître, tout le monde pouvait suivre des cours du soir pour 5 dollars l’ensemble des cours et être diplômé d’Harvard pour environ 175 dollars.
L’Amérique n’a pas de rivaux sur le plan économique, son réseau industriel proposant des emplois aux salaires élevés accompagnés d’avantages sociaux substantiels. La représentation syndicale y est importante.
Les villes du Sud et du Nord sont sous le régime de la ségrégation (elles le sont toujours aujourd’hui, tous les acquis des luttes pour les droits civiques des années 60 ont disparu avec la perte des emplois bien rémunérés et les avantages sociaux qui allaient avec).
Et, avec le rattachement de l’Alaska et d’Hawaii, l’Amérique compte désormais 50 états.
La guerre de Corée se solde par un armistice instable. La Guerre Froide s’installe. Le fait de développer "une destruction mutuelle assurée’" - “mutually assured destruction (MAD)” - et des accommodements empêche le déclenchement d’une troisième guerre mondiale.
Après la censure du sénat, la santé de Joe McCarthy se détériore et il meurt en mai 1957 à l’âge de 48 ans. Le premier coup d’état de la CIA renverse Mohammad Mosaddegh en Iran. Et il s’ensuivra une génération de terreur. Un an plus tard, un autre attentat renverse Jacobo Arbenz Guzman au Guatemala, ce qui sera le point de départ de décennies de génocide contre le peuple indigène.
Pendant toute cette décennie-là, rares sont ceux qui s’intéresseront à ce qui se passe au Vietnam, sa victoire contre la France, et l’engagement croissant de l’Amérique dans une guerre qui durera une trentaine d’années.
Les territoires Palestiniens ne sont pas occupés et au cours de cette période, Israël est encore naissant, en pleine croissance, mais n’est généralement ni dans les actualités ni dans l’esprit des gens".

Les temps ont, en effet, changé, pas pour le mieux, mais pour le pire, y compris en ce qui concerne les frais de scolarité à l’université.
Les frais de scolarité à Harvard pour l’année universitaire 2010/2011 s’élèvent à 35.568 dollars. Si on y ajoute le logement, la nourriture, l’assurance-maladie, les frais divers, les livres et le reste du matériel scolaire, les transports (si nécessaire), plus diverses dépenses personnelles, on arrive à un total de près de 60.000 dollars.
En outre, les frais de scolarité augmentant tous les ans, l’étudiant de première année devra peut-être débourser 70.000 dollars quand il sera dans sa (quatrième et) dernière année d’études.
Selon un article paru le 28 octobre dans le Los Angeles Times intitulé : "les frais de scolarité à l’université augmentent plus vite que l’inflation ” :

"Une enquête, réalisée par l’organisation à but non lucratif "College Board", révèle que les réductions budgétaires publiques et la baisse des dons privés ont contribué à faire grimper les frais de scolarité à un taux bien plus élevé que le taux d’inflation cette année, de 7,9% pour les universités publiques et de 4.5% pour les universités privées".

En fait, certaines facultés, comme l’Université de Californie, ont augmenté leurs frais de scolarité de 32%, puis ont annoncé une nouvelle hausse de 8%. L’Université de l’Illinois a annoncé une hausse de 9,5%.
D’autres établissements publics et privés ont suivi, certains imposant une majoration de plus de 10% alors que moins d’étudiants ont les moyens de payer. Le College Board indique que pour la décennie qui se termine en 2008, les frais de scolarité ont connu une augmentation de 54%, qui vient à la suite des 49% d’augmentation subis au cours de la décennie précédente.

Prêts étudiants/ informations sur l’endettement.

Le site "Project Student Debt" offre une mine de renseignements sur les prêts étudiants et sur l’endettement. En se référant aux chiffres indiqués par le Département de l’Education pour l’année universitaire 2007/08 (les statistiques les plus récentes), il constate que 2/3 (soit 1,4 millions) des diplômés universitaires de 2008 étaient endettés (à savoir, une augmentation de 27% par rapport à 2004) et se répartissaient ainsi : 62% des étudiants dans les universités publiques, 72% dans les universités privées à but non lucratif et 96% dans les universités à but lucratif.
In 2008, l’endettement des étudiants de dernière année s’élevait à 23.200 dollars, une hausse de 24% par rapport aux 18.650 dollars en 2004.
Dans les établissements publics, l’endettement s’élevait à 20.200 dollars. Pour les établissements privés à but non lucratif, il était de 27.650 dollars, et pour les universités privées de 33.050 dollars.
Cependant, étant donné la façon dont les chiffres du gouvernement sont manipulés, les sommes réelles sont bien plus élevées et augmentent de façon exponentielle. Beaucoup de diplômés ont un endettement qui avoisine ou dépasse 10.0000 dollars. Si cette somme est remboursée sur 30 ans, cela correspond à un total de 50.000 dollars, et s’il y a défaut de paiement, cette somme est encore bien plus élevée parce que la dette n’est jamais effacée.
De plus, indépendamment des variations de l’inflation, les frais de scolarité augmentent chaque année. En conséquence, les frais de scolarité sont toujours moins abordables. Ce qui augmente encore le montant de la dette et rend les études universitaires inaccessibles à beaucoup de jeunes lycéens et lycéennes.
Pour la plupart des autres, la servitude pour dettes est partie intégrante des études universitaires à cause des "prêts qui tuent", comme les appelle Stephanie Kraft, dans son article du 14 octobre sur le site Valley Advocate.com :

"… une grande partie de la population est prise à la gorge à cause des remboursements de prêts contractés pour payer les études à la faculté ou dans des établissements techniques ou de formation professionnelle. Les chiffres sont effarants - 96 milliards sont empruntés tous les ans pour payer les études universitaires, sans compter les emprunts "parallèles". Comme utiliser la valeur résiduelle d’une maison, les plans d’épargne pour la retraite et les cartes de crédit. Au cours des dix dernières années, l’endettement des étudiants a été multiplié au moins par quatre.
En 1977, les emprunts s’élevaient à 1,8 milliards de dollars. En 1989, ils étaient de 12 milliards et en 1996 de 30 milliards de dollars. Selon le Student Loan Debt Clock, l’intérêt cumulé dépasse les 877 milliards de dollars, passant pour la première fois en juin dernier devant l’endettement sur les cartes de crédit, et excédera le trillion (mille milliards) de dollars début 2012.

(…)
En conséquence, des millions d’étudiants et de familles subissent d’énormes préjudices et en sont réduits à la servitude pour dette à perpétuité.
A côté de cela, les divers prédateurs du secteur concerné prospèrent. Les organismes prêteurs ou les agences de recouvrement et autres, de même que l’Etat.
Les organismes prêteurs font d’énormes profits sur le dos d’emprunteurs sans méfiance. Les taux de défaut à vie atteignent près d’un tiers des prêts étudiants, davantage encore que pour les subprimes.
(…)
Pourtant, on n’entend pas beaucoup parler de l’ampleur du racket des prêts étudiants.
Le site, Student Loan Justice, décrit la situation :

"Le système de prêt étudiant fédéral est devenu de plus en plus insatiable quand le Congrès a supprimé toutes les dispositions légales usuelles destinées à la protection du consommateur et a donné aux organismes de recouvrement des pouvoirs bien plus importants que pour tous les autres systèmes de prêts.

(…)
Et donc, les étudiants qui empruntent subissent d’énormes préjudices à cause d’un surendettement ingérable. Outre l’inflation et les hausses de frais de scolarité, ils doivent souvent faire face à un taux d’endettement énorme sans être protégés par une loi de défense des consommateurs, même s’ils se retrouvent dans l’impossibilité de verser les échéances.
Une fois pris au piège, il leur est impossible de se sortir de là. L’asservissement pour dette est permanent, qui brise des vies et des carrières professionnelles.
Pour les prêts étudiants accordés par l’Etat, le congrès a supprimé les protections légales concernant le non-remboursement du prêt, le droit de refinancement, la date de prescription d’une dette, la loi sur la transparence sur le montant total du crédit - la loi "Fair Debt Collection Practices Act (FDCPA), qui sanctionne les pratiques de recouvrement abusives - et les lois sur le taux d’usure.
En conséquence, les organismes de prêts peuvent en toute tranquillité encaisser les échéances en prélevant les sommes sur les salaires, les trop-perçus d’impôts, les crédits d’impôts, la Sécurité Sociale ou les pensions d’invalidité.
En plus de cela, si on ne paie pas ses échéances, on risque de se voir retirer sa carte professionnelle, ce qui rendra encore plus difficile, voire impossible, le remboursement de la dette.
(..)

Un exemple de prédation systémique

Sallie Mae (SM), le leader des prêts étudiants, gère plus de 180 milliards de dollars de prêts avec plus de 10 millions de clients. Si les emprunteurs ne peuvent pas payer au bout de 270 jours, on considère qu’ils n’ont pas réglé leurs échéances. Washington acquitte le solde ainsi que les intérêts. Pour récupérer cet argent, les agences de recouvrement imposent aux emprunteurs 25% de frais de recouvrement, plus une commission de 28%, et ont le droit de prélever cette somme sur les salaires et d’autres sources de revenus.
Il n’y a pas de prescription de la dette. Pour les organismes prédateurs, c’est une source régulière de bénéfices acquis aux dépens des emprunteurs.
Même les universités profitent de ce système, en augmentant les frais de scolarité bien au-dessus du taux d’inflation et de la hausse des salaires, en rendant les études universitaires plus chères, moins abordables, ce qui garantit ainsi des cessations de paiements plus nombreuses pour davantage de personnes.
La réforme d’Obama sur les prêts étudiants est une arnaque. Effective le 1er juillet 2010, elle n’empêche guère les organismes de prêts d’escroquer à perpétuité les emprunteurs, et pourtant, il l’a qualifiée de "l’un des investissements les plus importants pour les études supérieures depuis la GI bill".
C’est un mensonge. (Mais Obama n’a pas peur des mots : il avait également vanté sa piteuse réforme sur l’assurance maladie en des termes dithyrambiques, NDT).
La loi de 1944, "Servicemen’s Readjustment Act" appelée communément GI Bill, garantissait aux 7,8 millions de soldats démobilisés de la Seconde Guerre mondiale le financement de leurs études universitaires ou de formations professionnelles ainsi qu’une année d’assurance chômage. En outre, 2,4 millions d’entre eux pouvaient bénéficier de prêts immobiliers à un faible taux d’intérêt, et sans apport personnel, à une époque où une maison coûtait en moyenne moins de 5000 dollars, ce qui avait permis à des millions de familles d’en acheter une, dont beaucoup grâce aux aides de l’Etat.
Tandis que la loi d’Obama, "Student Aid and Fiscal Responsibility Act", censée venir en aide aux étudiants, enrichit, elle, les prêteurs, et non pas les emprunteurs, à qui on a accordé une aumône, comme d’habitude.

Conclusion

Les études supérieures sont plus que jamais inaccessibles pour des millions de personnes. Pour les autres, elles ont, pour la plupart, besoin de bourses d’études substantielles et/ou de prêts étudiants. En période de crise économique, les familles s’endettent lourdement pour soutenir les étudiants financièrement.
Une étude réalisée en 2008 par le "National Center for Public Policy and Higher Education" révèle qu’elles contribuaient, en moyenne, à hauteur de 55% de leurs revenus pour 4 années d’études dans les établissements publics, contre 39% en 2000, un pourcentage qui est encore plus élevé aujourd’hui à cause des hausses des frais de scolarité.
En conséquence, la poursuite d’études supérieures aujourd’hui suppose un endettement énorme à une époque où le taux de chômage élevé et la rareté des emplois bien rémunérés rendent le remboursement difficile, voire impossible.
Cette société de propriétaires est sans merci, qui favorise le capital contre l’intérêt public, une politique vivement soutenue par les deux grands partis.

(NdT : un cycle universitaire dure quatre ans, au bout desquels les étudiants obtiennent une licence de lettres ou de sciences (BA ou BSC).)
Stephen Lendman habite Chicago. Il anime le lundi une émission de débats sur RepublicBroadcasting.org.
Son blog
Autres articles de lui sur DV
Traductions de l’auteur sur ce blog :
"Pitié pour Aafia"
La destruction de l’enseignement public aux Etats-Unis
L’esclavage moderne en Amérique

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Voici un autre billet The Student Loan Debt Bubble, rédigé par deux spécialistes de l’Université : Alan Nasser, professeur émérite d’économie politique à la faculté publique d’Evergreen à Olympia, Washington, et Kelly Norman chercheuse indépendante, diplômée d’administration publique et qui travaille à Evergreen dans le service des inscriptions.
Ce billet, très intéressant (que je traduirai peut-être en partie plus tard, parce qu’il y a des éléments importants à souligner), corrobore, entre autres, ce qui a été expliqué ici par Stephen Lendman sur le système des prêts étudiants, et parle de "première génération de l’austérité" et de "bulle de l’endettement", tactique qui, comme les subprimes, prend au piège des emprunteurs qui ne pourront jamais rembourser et que les organismes divers impliqués dans cette arnaque feront payer jusqu’à leur dernier souffle en prenant leur commission au passage.
Note perso :

Voilà où en sont les escrocs de Wall Sreet : à engager les garçons et les filles de 18 ans dans une vie de servitude pour dette.
Les salopards ne s’arrêteront donc jamais ?
Pour l’instant, ils sont bien partis aussi en Europe : par exemple, voir ce qui se passe en Grande-Bretagne actuellement ou ce qui se met en place en France. Subrepticement, parce que les jeunes Français-e-s ont vite fait de descendre dans la rue. Et ça, ils en ont peur.
Mais, de toute façon, cela ne peut pas durer comme ça. Il va bien falloir qu’ils rendent des comptes avant d’avoir tout saccagé et détruit la vie de toutes les générations.

Ça bouge déjà. Pourquoi pas les campus aux US, maintenant ?

Ah, au fait ...
L’Education, c’est ça :

Ecole laïque et gratuite pour tous-tes



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