Perquisition au Medef dans l’affaire UIMM

jeudi 10 avril 2008
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Une perquisition était conduite par la police jeudi au siège du Medef à Paris, dans l’enquête sur les retraits en espèces présumés frauduleux des comptes de l’Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM), une de ses branches, a-t-on appris de source policière.

Les enquêteurs de la Brigade financière se sont rendus avec le juge d’instruction Roger Le Loire et un membre du parquet au siège de l’organisation présidée par Laurence Parisot, dans le VIIe arrondissement de Paris.

Cette procédure intervient au lendemain de la mise en examen de Daniel Dewavrin, président de l’UIMM de 1999 à 2006. La perquisition, débutée dans la matinée, se poursuivait dans l’après-midi.

L’enquête concerne des retraits mystérieux de 19 millions d’euros des comptes de l’UIMM de 2000 à 2007. En toile de fond, s’est déclenché le mois dernier un conflit entre Laurence Parisot et les dirigeants de l’UIMM.

Le Medef a confirmé la perquisition et déclaré dans un communiqué qu’il collaborait "pleinement et en toute transparence avec les autorités judiciaires afin de les aider à faire toute la lumière dans l’affaire UIMM".

Il a pris ses distances avec l’UIMM : "Les fédérations professionnelles et les organisations territoriales sont des adhérents du MEDEF et non des filiales. Par conséquent, il n’a pas de pouvoir de contrôle ni sur leur gouvernance ni sur leur comptabilité", écrit l’organisation patronale.

Il précise que ses comptes sont "accessibles et consultables sur le site internet du Medef".

FINANCEMENT POLITIQUE OU SYNDICAL ?

Daniel Dewavrin a toujours déclaré que Laurence Parisot avait été informée de l’existence des pratiques concernant le "cash" de l’UIMM avant l’été 2007, donc avant le début de l’enquête judiciaire.

Laurence Parisot a contesté ces affirmations, assure avoir appris l’existence des retraits en espèces par la presse, lors de l’ouverture d’une enquête en septembre 2007. Elle a engagé une procédure judiciaire en diffamation conrtre Daniel Dewavrin.

Daniel Dewavrin a été mis en examen mercredi pour "abus de confiance et recel d’abus de confiance" et laissé en liberté, sans contrôle judiciaire par le juge Le Loire.

Il a précédé de 1999 à 2006 à la tête de l’UIMM Denis Gautier-Sauvagnac, mis en examen depuis le 15 janvier pour "abus de confiance, recel d’abus de confiance et travail dissimulé".

Plusieurs autres personnes sont poursuivies, dont l’ex-bras droit de "DGS", Dominique de Calan.

Les dirigeants de l’UIMM ont expliqué que l’argent avait servi à "fluidifier les relations sociales", ce qui semble sous-entendre un financement occulte de syndicats de salariés.

"DGS" a déjà expliqué à la justice que la pratique des retraits en espèces était très ancienne. Il a aussi indiqué à la police qu’il avait remis une fois 5.000 euros à Daniel Dewavrin en espèces, car ce dernier l’avait sollicité pour financer un week-end, en expliquant qu’il n’avait pas eu le temps de passer à sa banque.

L’affaire, relancée lorsque la presse a révélé que "DGS" s’était vu promettre une somme de 1,5 million d’euros pour quitter son poste, a provoqué un vif affrontement entre les dirigeants de l’UIMM et la patronne du Medef Laurence Parisot.

Cette dernière a demandé sans succès que les membres du patronat de la métallurgie abandonne tous les mandats qu’ils détiennent dans des organismes paritaires, notamment l’Unedic (assurance-chômage) et l’Agirc (caisse de retraite des cadres).

Aucune hypothèse n’est exclue par la justice, y compris celle du financement politique ou de la corruption ponctuelle d’élus. L’UIMM reconnait avoir créé dans l’après-guerre une caisse "noire" baptisée Epim et destinée à l’origine à indemniser ses membres victimes de grèves, forte aujourd’hui de 600 millions d’euros.


PARIS (Reuters) - 2008-04-10

Thierry Lévêque


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